12 mai 2015

"France Culture, "Du grain à moudre" : "A quoi servent les langues mortes ?"

C’est un des points de crispation de la réforme du collège défendue par Najat Vallaud-Belkacem : la redéfinition de l’enseignement du latin et du grec ancien. Finies les options, une initiation sera proposée dans le cadre des cours de français, ainsi qu’à travers des modules interdisciplinaires. Pour beaucoup, le compte n’y est pas. Les langues anciennes seraient en péril…

Qui peut encore lire ce manuscrit de Galilée en latin ? Lucas Jackson © Reuters

Combien de minutes supplémentaires aurions-nous attendu avant d’apprendre la démission de Benoit XVI si Giovana Chirri n’avait pas maitrisé les déclinaisons latines ? Le 11 mars 2013, la journaliste de l’agence de presse italienne Ansa avait été la seule à comprendre les propos de l’ancien pape, prononcés en latin, dans lesquels il faisait état de sa renonciation : « vires meas ingravescente aetate non iam aptas esse ad munus Petrinum aeque administrandum»

Est-il besoin de le confesser ? Je n’ai jamais fait de latin. A l’époque, au collège, son enseignement était déjà optionnel. Nous éprouvions de la compassion pour celles et ceux qui n’avaient pas pu y échapper. Les temps ont-ils vraiment changé ? Ils ne sont que 20% aujourd’hui à se saisir du latin, en classe de 5e, et les trois quarts ont quitté le navire lorsqu’ils arrivent en terminale. Quant au grec ancien, seuls 2.2% des élèves de 3e le choisissent en option.

Comment endiguer cette érosion ? Eureka ! La ministre de l’éducation nationale a fait de l’enseignement du grec et du latin un des axes de sa réforme du collège. Finies les options, place à une initiation dans le cadre des cours de français, et à un module interdisciplinaire « Langues et cultures de l’Antiquité » L’objectif affiché : une démocratisation de l’accès au latin et au grec. Mais le projet suscite de nombreuses oppositions. « Nous refusons que la latin et le grec ancien deviennent un vague complément culturel » s’insurge notamment une pétition, qui ne devrait plus tarder à dépasser les 40 000 signatures.

 

« Réforme du collège : à quoi servent les langues mortes ? »

Pascal Engel, François Martin, Philippe Cibois, Florence Castincaud NI © Radio France

> La CNARELA, Coordination Nationale des Association Régionales des Langues Anciennes

> Les Cahiers Pédagogiques, Changer la société pour changer l’école, changer l’école pour changer la société
> Le blog de Philippe Cibois : La question du latin
> « La réforme du Collège en clair », site collaboratif décryptant la réforme



Portrait de Junon
Junon a répondu au sujet : #483 il y a 2 ans 4 mois
Émission PASSIONNANTE, dans laquelle aucun argument n'est négligeable. Espérons que la Ministre l’écoutera ! La thèse de P. Cibois (commencer plus tard mais avec de vraies sections littéraires) peut paraître séduisante. Mais il faudrait être surs qu'aucun gouvernement ultérieur ne décidera de faire des économies en supprimant ces sections littéraires ou en en réduisant tellement les horaires qu'elles tomberont en désuétude ! De fausses conceptions de la modernité pourront l'emporter demain comme aujourd'hui. Personne ne pense qu'une société ultra moderne comme celle du Japon a réussi en préservant ses racines, que l'Inde est sur la même voie...Enfin, que les arguments utilitaristes mettent un bémol. On a beaucoup parlé du vocabulaire scientifique mais j'ai vu une seule fois mentionnée l'utilité du Latin pour les études de Droit !. On peut, bien sur, s'en passer mais ceux qui le font sont souvent largués ou font cirations hors de propos...
Portrait de Minerve
Minerve a répondu au sujet : #484 il y a 2 ans 4 mois
J'ajoute que les élèves craignent d'être débordés au lycée: beaucoup de passionnés renoncent déjà à poursuivre les langues anciennes par peur d'échouer en seconde dans les autres disciplines. Si l'on reporte le début de l'apprentissage, la plupart de ceux qui auraient choisi le latin au collège ne le choisiront pas au lycée, car ce qu'on ne connaît pas fait bien plus peur!
Par ailleurs, arrêtons de répéter que seuls 2,2% des collégiens choisissent le grec en option, en oubliant de préciser que la plupart des collèges n'en proposent pas l'enseignement! Quant aux lycées qui le proposent, ils sont vraiment bien rares... Tout est fait actuellement pour dissuader les élèves qui souhaitent l'étudier.
Oublier de le préciser est mener un raisonnement presque aussi faussé que celui qui consiste à dire, comme le fait le ministère (repris par une partie de la presse), qu'un enseignement choisi par 20% des élèves (15% en allemand) n'est donc proposé qu'à 20% (ou 15) des élèves!
Et 20%, cela fait tout de même un élève sur cinq qui est assez motivé pour ajouter des heures à son emploi du temps! Le latin est ainsi la troisième langue enseignée au collège après l'anglais et l'espagnol...