12 mai 2015

"Le Figaro" : "Le latin, une discipline en perte de vitesse qui concerne un demi million de collégiens"

Le latin, une discipline en perte de vitesse qui concerne un demi million de collégiens

INFOGRAPHIE - L'enseignement des langues anciennes est au cœur de la polémique autour de la réforme du collège. Quelle est l'évolution de l'apprentissage des langues anciennes en France ? Mise au point.

Exit le latin des programmes scolaires au collège? Face à la polémique, la ministre Najat Vallaud-Belkacem explique que sa réforme ne va pas supprimer les langues anciennes. Le latin et le grec sont jugés trop «minoritaires», explique-t-on à l'Education nationale. La réforme du collège vise donc à «s'assurer que tous les élèves puissent en tirer bénéfice et non plus seulement une minorité». Ainsi, il n'y aura plus d'initiation «pure» au latin, mais celui-ci sera enseigné au sein d'un «Enseignement Pratique Interdiscplinaire» (EPI) intitulé «Langues et cultures de l'Antiquité». Les élèves qui le souhaitent pourront suivre des modules complémentaires, mais l'ensemble du volume horaire consacré à cette discipline sera réduit.

Une baisse de 18% de latinistes en 15 ans

Au collège, l'option latin était offerte depuis la rentrée 1996 aux élèves à partir de la cinquième: l'étude du latin s'était stabilisée autour de 20% d'élèves au début des années 2000, mais est en baisse depuis 2006 pour atteindre seulement 18% en 2013, avec une érosion de plus en plus significative tout au long du collège. Ils ne sont plus que 15% à continuer cette matière en troisième. Mais l'écrasante majorité des élèves «lâchent» le latin lors du passage en seconde: ils sont à peine 4% à passer l'épreuve au baccalauréat.

L'apprentissage du latin est plus fréquent dans l'enseignement privé (21,9% ) que dans le public (16,8%) . L'option de grec ancien ne peut être étudiée qu'à partir de la classe de troisième. Elle reste toujours très faiblement suivie, par 1,5 % des élèves des établissements publics et privés.

L'érosion progressive du latin est-elle inéluctable? Pas si sûr. Le taux d'élèves prenant le latin n'était que de 20% au début des années 1970. Avec le collège unique et la généralisation de l'option par la réforme Bayrou, le nombre de latinistes n'avait cessé de croitre jusqu'à atteindre près de 28% au début des années 1990. Ce chiffre a ensuite à nouveau baissé pour retomber à 18% en 2012. De 511 007 élèves en 1999, on est passé à 429 866 en 2013, soit une érosion de 18% en moins de 15 ans.

L'élitisme ne passe plus par le latin, mais par les mathématiques

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette désaffection à l'égard des langues anciennes. L'étude du grec et du latin a été pendant longtemps réservée à une élite: la classe A' (selon la distinction mise en place en 1902) qui cumulait latin grec et sciences était celle de la super élite. C'est dans les années 1950 que la tendance s'inverse, et que ce sont les sciences, et plus les lettres qui deviennent le marqueur de la réussite scolaire. «L'élitisme ne passe désormais plus par le latin mais par les mathématiques», comme l'explique sur son blog le latiniste Philippe Cibois, avec un prestige croissant accolé à la filière «S».

Pourtant le latin a continué à rester le moyen d'une stratégie d'évitement social réduite à quelques heures. En d'autres termes, si les parents font faire du latin à leurs enfants, ce n'est plus par passion pour Ovide et amour des déclinaisons, mais bien parce qu'il s'agit d'un choix qui place l'enfant parmi «les meilleurs».

Cette stratégie d'évitement (choisir une matière pour aller dans les meilleures classes) s'est progressivement déportée sur d'autres disciplines avec l'explosion des «options» et des classes européennes ou bilingues. La concurrence des langues étrangères, notamment la montée en puissance du chinois (croissance annuelle moyenne de 14%) est un facteur déterminant dans cette désaffection.

De moins en moins de professeurs de latin

Le nombre de professeurs de latin est lui aussi en baisse constante. Depuis l'arrêté du 19 avril 2013 fixant l'organisation du Capes, il n'y a plus qu'un seul concours de lettres avec deux options: modernes ou classiques. Une évolution symbolique qui en dit long sur la popularité des langues anciennes. Najat Vallaud-Belkacem a promis qu'il y aurait «plus de professeurs de latin». Cette année, 230 postes ont été ouverts en option lettres classiques. Mais l'Education nationale peine à recruter. En 2014, il y a eu près de deux fois moins d'admissibles (156) que de postes à pourvoir (300).

L'interdisciplinarité du latin au sein des EPI pose de nouvelles questions: qui va enseigner? Les professeurs de lettres modernes, qui n'ont pas été formés au latin, vont-ils devoir former leurs élèves aux éléments culturels et linguistiques des langues anciennes? Un choix qui risque fort d'être à géométrie variable, laissé au bon vouloir des établissements, qui pourrait accentuer l'écart entre public et privé.



Portrait de Laure BM
Laure BM a répondu au sujet : #449 il y a 2 ans 2 mois
Bonsoir,

En 1978, comme je l'ai déjà souligné, le latin était obligatoire en classe de 5ème... où était l'élitisme à cette époque ?