10 mai 2015

"La Croix" : "Les ambiguïtés de la réforme du collège"

Les ambiguïtés de la réforme du collège

La réforme du collège et les nouveaux programmes proposés ont cristallisé une somme d’oppositions impressionnante sur une question passionnelle dans la société française : les contenus et les formes que doit prendre la transmission. De manière assez classique, là encore s’opposent, jusqu’à la caricature, deux conceptions de ce que devrait être le service public de l’éducation.

Un service exigeant, valorisant ­l’effort, disent ceux qui critiquent la réforme, malgré les échecs patents et les exclusions dans la logique actuelle. Ou une approche plus soucieuse d’éviter l’augmentation continue d’élèves en grande difficulté, ce qui semble être au cœur du projet du gouvernement. Divergences qui induisent les échanges actuels très vifs entre ceux qui dénoncent des « risques de nivellement par le bas » et ceux qui stigmatisent une conception élitiste, défendue par ceux qui seraient alors les tenants du conservatisme.

Dans cette logique d’opposition quasi idéologique (même si les opposants à la réforme se recrutent presque aussi largement à gauche qu’à droite), la place laissée à l’intelligence de la situation est, semble-t-il, assez faible de part et d’autre.

Oui, une réforme du collège était devenue indispensable. Aujourd’hui – mais l’a-t-il fait un jour ? –, le parcours éducatif ne garantit pas à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun de connaissances, de compétences et de culture. La forme des évaluations en fin de troisième témoigne bien d’une baisse de l’exigence. L’immobilisme pouvait-il être le garant d’un accroissement souhaitable des performances ?

Il fallait donc se saisir du sujet. La méthode est-elle la bonne ? S’il n’est pas douteux qu’encourager l’interdisciplinarité pourrait avoir des effets heureux pour les élèves et les professeurs, on voit mal comment la suppression des classes bilangues assurerait une avancée pour tous. Même raisonnement pour la place ténue laissée aux options grec et latin.

Le bon sens appliqué à cette réforme si débattue commande de comprendre que certains collégiens ne pourront progresser que s’ils sont mieux accompagnés. Mais cet objectif, au cœur de toute démarche éducative ambitieuse, n’impose pas de règles uniformes et une réduction de l’offre des programmes. Il faut, mieux encore, tenir compte de la diversité des élèves.

François Ernenwein