4 mai 2015

Alain Bentolila dans "Marianne" : "Le collège est le cimetière des enfants fragiles".

Extrait :

Depuis quelques jours, les polémiques se multiplient, notamment autour de l’abandon de l’allemand ou celui du latin et du grec. Est-ce aussi grave que certains veulent bien le dire, de ne plus enseigner le latin à l’école ?

Ces polémiques ne sont que de l’écume par rapport au mal profond. Les problèmes qu’elles soulèvent n’en sont pas moins graves. L’abandon du latin et du grec me semble une erreur majeure, car l’un et l’autre permettent aux élèves d’avoir une vision en profondeur de la cohérence de notre langue. Il ne s’agit pas simplement d’apprendre le latin, mais, quand vous expliquez à un enfant que le mot « hippopotame » signifie « cheval du fleuve », non seulement il adore, mais en plus il se rend compte que sa langue vient de loin… et que derrière « hippopotame » se profile « hippodrome » qui lui-même annonce « aérodrome »… Dans cette histoire, le véritable sujet n’est pas d’apprendre à lire et encore moins à parler latin ou grec, mais ce que ces langues peuvent apporter au lexique et à la grammaire de la langue française. La fréquentation de ces langues anciennes nous permet de regarder d’où nous venons…

La prise de position exaltée de notre Premier ministre sur la maîtrise de la langue fut un coup de trompette dans le désert. Le premier devoir de notre école est de former des résistants intellectuels ; et cette résistance, seule une langue maternelle forte et juste peut la garantir. Un enfant qui parle mal le français est vulnérable, il manquera de pouvoir et de réfutation. En un mot, il sera vulnérable face à des discours et des textes manipulateurs.