4 mai 2015

Sophie Coignard dans "Le Point" : "Latin : la lettre à Hollande"

Latin : la lettre à Hollande

Des intellectuels en appellent au président de la République pour arrêter le massacre du latin et du grec. Une opération de la dernière chance !

Le courrier est parti samedi. Il est adressé au président de la République. Il est signé par des personnalités que Najat Vallaud-Belkacem pourra difficilement traiter de "pseudo-intellectuels" qui racontent "des mensonges absolus", comme elle l'a fait sur RTL à propos de tous ceux qui osent critiquer sa réforme du collège. La ministre, qui à l'évidence n'aime ni la critique ni le débat, ne va adorer ni le fond ni la forme de cette missive envoyée au sommet de l'État. Cette fois, c'est du sérieux.

Des académiciens comme le philosophe Jean-Luc Marion, le poète Michael Edwards, le biologiste Jules Hoffmann, par ailleurs Prix Nobel de médecine, de grands professeurs ou chercheurs comme le poète Yves Bonnefoy, le mathématicien récompensé de la médaille Fields Laurent Lafforgue, les philosophes Régis Debray et Jacques-Alain Miller, le linguiste Claude Hagège, sans oublier trois anciens ministres de l'Éducation nationale (Jean-Pierre Chevènement, Xavier Darcos et Luc Chatel) sont les premiers signataires d'un appel lancé à François Hollande par l'Association des professeurs de lettres.

Le latin pas assez "sexy" pour Najat Vallaud-Belkacem

Ce texte explique pourquoi "le projet de réforme du collège prévoit une révision délétère de la place qu'y occupent les langues anciennes". Et rappelle pourquoi l'étude du latin et du grec est essentielle, entre autres, pour "perpétuer la tradition d'une nation universaliste". Les professeurs de lettres classiques et leurs soutiens ont été contraints de s'adresser à l'Élysée, car ils n'ont pas été entendus par la Rue de Grenelle. La ministre n'a pas trouvé le temps de les recevoir et a confié cette mission à une conseillère, qui a regretté, devant une assistance interloquée, que le latin ne soit pas assez "sexy".

Avec plein de guillemets, a-t-elle ajouté, peut-être pour tenter d'amoindrir l'absurdité qu'elle venait de proférer. Une manière particulièrement directe de promouvoir la "prostitution du savoir", pour reprendre l'expression d'un des participants à cette réunion, effaré que les disciplines doivent désormais racoler les collégiens pour ne pas sombrer.