2 mai 2015

Toute une série d'articles en rapport avec la réforme du collège en générale et l'enseignement des langues anciennes en particulier dans le dernier numéro de "Marianne", dont Danièle Sallenave : "Copie à revoir".

Copie à revoir

Il me paraît très regrettable qu'on ne fasse plus aux langues anciennes d'autre place que celle d'un « enseignement pratique interdisciplinaire [EPI] », dont la définition est extrêmement vague. On voit mal comment l'EPI « langues et cultures de l'antiquité » pourrait rivaliser avec « développement durable » ou encore « information, communication, citoyenneté ». Ces thèmes auront forcément la préférence des parents, surtout s'ils sont peu au fait de ce qu'apporterait un vrai apprentissage du latin et du grec. Qui n'a sans doute pas d'« utilité » immédiate, mais l'utilité d'un apprentissage, c'est ce qu'il apporte avec le temps dans la formation de la logique, de la distance, de l'esprit critique.

Et le réduire ou le supprimer, ce ne sera pas, comme on le pense, lutter contre l'élitisme supposé de notre enseignement : tout ce que l'école abandonne, les familles favorisées trouveront d'autres moyens pour le donner à leurs enfants. Je pourrais tout autant exprimer de fortes réserves à l'endroit des programmes d'histoire, de leur émiettement, du renoncement à la chronologie.

Avec ces réformes, il est clair que nos gouvernants tentent de répondre à deux questions brûlantes. L'échec patent du collège unique, avec ses dizaines de « décrocheurs ». Et l'ouverture de l'enseignement secondaire à une demande sociale qui a profondément changé. La réponse a été imprudemment, maladroitement et hâtivement conçue. Et il est impératif de la revoir sur bien des points si l'on ne veut pas qu'au lieu de donner à chacun ses chances elle ouvre le champ à une ignorance généralisée.

Il n'en reste pas moins que je suis effarée par le tour que prend la critique de la réforme. L'accuser de préparer une invasion de l'islam par l'effacement de nos racines européennes et nationales, en faire un nouveau « Munich de l'esprit », et le prodrome d'une « soumission » à l'« islamo-fascisme », c'est du délire. Et un délire dangereux.

 

* Danièle Sallenave est agrégée de lettres classiques, écrivain, membre de l'Académie française.



Portrait de Junon
Junon a répondu au sujet : #217 il y a 2 ans 5 mois
Il faut se féliciter de cette prise de position, notamment en ce qui concerne les délires de certains. Mais l'analyse approfondie de Jacques Julliard sur ensemble de la réforme et son inquiétante genèse mérite plus qu'une mention en passant, ne serait-ce qu'en raison d'un appel au Président qui, compte tenu de son auteur, peut, peut-être, retenir l’attention de ses conseillers pendant plus qu'une fraction de seconde ...