29 avril 2015

Les "décodeurs" du "Monde" : "Le latin et le grec vont-ils vraiment disparaître du collège ?"

 

Le latin et le grec vont-ils vraiment disparaître du collège ?

Les langues anciennes vont-elles faire les frais de la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem ? C'est ce que craignent depuis plusieurs semaines enseignants, syndicats et intellectuels de tous bords, qui multiplient protestations et pétitions pour sauver le grec et le latin.

La ministre de l'éducation nationale répète pourtant à tue-tête que son projet ne vise pas à « supprimer un droit ou une possibilité pour quelques-uns ». « Je ne me satisfais pas que cela soit réservé à quelques-uns, a-t-elle expliqué devant les députés. Il s'agit de le généraliser, comme pour la question des langues vivantes, pour tous les collégiens. »

« Je vous confirme qu'il y aura le même nombre d'heures qu'aujourd'hui, avec des heures pour l'étude de la culture et de la civilisation et des heures pour l'étude de la langue. Donc les élèves n'y perdent rien. »

Pourquoi chaque partie exagère

Actuellement, l'enseignement du latin et du grec passe par une option facultative que les élèves peuvent choisir à la fin de la sixième. Ils peuvent bénéficier de 2 heures hebdomadaires de latin en cinquième, puis de 3 heures en quatrième et en troisième. Quant au grec ancien, à quelques rares exceptions, il démarre en troisième, avec 3 heures. [...]

Que prévoit la réforme ?

Disparues, les options latin et grec, jugées trop « minoritaires ». Dans un premier temps, le ministère de l'éducation nationale a voulu compenser et les remplacer par deux mesures supplémentaires qui garantiraient le « latin pour tous » :

1Un saupoudrage des cours de français avec « les éléments fondamentaux des apports du latin et du grec à la langue française ». Une « initiation à l'étude des langues anciennes », a précisé Mme Vallaud-Belkacem devant l'Assemblée.

2L'intégration du grec et du latin à « Langues et cultures de l'Antiquité », l'un des huit enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) créés par la réforme de la ministre. Entre la cinquième et la troisième, les collégiens auront la possibilité de suivre six de ces modules censés croiser plusieurs disciplines autour d'une « démarche de projet conduisant à une réalisation concrète, individuelle ou collective », à raison de trois heures hebdomadaires maximum (le volume horaire exact sera défini par le recteur).

Les huit enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) de la réforme Vallaud-Belkacem.

Les huit enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) de la réforme Vallaud-Belkacem. Ministère de l'éducation nationale

La possibilité de suivre cet EPI de « latin-grec nouveau format » dépendra donc du bon vouloir et des contraintes du chef d'établissement, comme l'explique Mattea Battaglia, journaliste au Monde spécialisée dans l'éducation :

En outre, les sceptiques craignent que cet EPI ne soit davantage tourné vers la « culture et la civilisation » que vers la langue proprement dite.

Pour répondre aux critiques des enseignants, la ministre Najat Vallaud-Belkacem a corrigé le tir fin mars, en ajoutant un troisième volet à la dernière minute : la création d'un « enseignement de complément » en langues anciennes doté d'une heure en cinquième et de deux heures en quatrième et troisième. Absent de la grille horaire et sans financement spécifique, cet enseignement sera étroitement dépendant du volontarisme des établissements, qui devront prendre les heures sur leur nouvelle marge d'autonomie (2 h 45 en 2016, puis 3 h en 2017).

Selon toute vraisemblance, malgré ces ajustements du ministère, les collégiens qui sont actuellement les plus motivés par le latin et le grec devraient donc voir leur nombre total d'heures diminuer – en tous cas dans les collèges et lycées qui n'en feront pas une priorité. Mais il demeure exagéré de voir dans ce projet la fin des langues anciennes.

L'enseignement des langues anciennes au collège, avant et après la réforme Vallaud-Belkacem.



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #188 il y a 2 ans 1 mois
"Décodage" avec un mois et demi de retard : l'annonce de la réforme du collège date du 11 mars 2015...

Le latin et le grec vont-ils vraiment disparaître du collège ?

Voyons voir...

Les langues anciennes vont-elles faire les frais de la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem ? C'est ce que craignent depuis plusieurs semaines enseignants, syndicats et intellectuels de tous bords, qui multiplient protestations et pétitions pour sauver le grec et le latin.

Rappel utile : les deux pétitions (lancées respectivement les 22 et 24 mars) réagissaient à la première mouture du projet. Les "décodeurs" auraient pu préciser que la première a atteint 40.000 soutiens et la seconde en approche.

La ministre de l'éducation nationale répète pourtant à tue-tête que son projet ne vise pas à « supprimer un droit ou une possibilité pour quelques-uns ». « Je ne me satisfais pas que cela soit réservé à quelques-uns,a-t-elle expliqué devant les députés.

Un "décodage" de ces termes aurait été bienvenu : les langues anciennes ne sont "réservées" à personne...

« Je ne me satisfais pas que cela soit réservé à quelques-uns,a-t-elle expliqué devant les députés. Il s'agit de le généraliser, comme pour la question des langues vivantes, pour tous les collégiens. »

« Je vous confirme qu'il y aura le même nombre d'heures qu'aujourd'hui, avec des heures pour l'étude de la culture et de la civilisation et des heures pour l'étude de la langue. Donc les élèves n'y perdent rien. »

Des propos qui remontent au 24 mars 2015 : le lendemain, la position du ministère avait déjà évolué...

Alors, même nombre d'heures ? Généralisation des langues anciennes ?

Pourquoi chaque partie exagère

On aimerait bien savoir en quoi les défenseurs des langues anciennes "exagèrent"...

Actuellement, l'enseignement du latin et du grec passe par une option facultative que les élèves peuvent choisir à la fin de la sixième. Ils peuvent bénéficier de 2 heures hebdomadaires de latin en cinquième, puis de 3 heures en quatrième et en troisième. Quant au grec ancien, à quelques rares exceptions, il démarre en troisième, avec 3 heures. [...]

Que prévoit la réforme ?

Disparues, les options latin et grec, jugées trop « minoritaires ». Dans un premier temps, le ministère de l'éducation nationale a voulu compenser et les remplacer par deux mesures supplémentaires qui garantiraient le « latin pour tous » :

Un belle "garantie", pour qui s'est intéressé au détail de ces mesures.

1. Un saupoudrage des cours de français avec « les éléments fondamentaux des apports du latin et du grec à la langue française ». Une « initiation à l'étude des langues anciennes », a précisé Mme Vallaud-Belkacem devant l'Assemblée.

Comme on en trouvait dans tous les programmes de français antérieurs... Bref, une "mesure" remarquable.

L'intégration du grec et du latin à « Langues et cultures de l'Antiquité », l'un des huit enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) créés par la réforme de la ministre. Entre la cinquième et la troisième, les collégiens auront la possibilité de suivre six de ces modules censés croiser plusieurs disciplines autour d'une « démarche de projet conduisant à une réalisation concrète, individuelle ou collective », à raison de trois heures hebdomadaires maximum (le volume horaire exact sera défini par le recteur).

Trois heures... pour deux EPI. Et une heure de fait pour l'EPI LCA selon Eduscol.

La possibilité de suivre cet EPI de « latin-grec nouveau format » dépendra donc du bon vouloir et des contraintes du chef d'établissement, comme l'explique Mattea Battaglia, journaliste au Monde spécialisée dans l'éducation.

C'est surtout qu'une heure de latin pendant un an pourra difficilement remplacer deux ou trois heures pendant trois ans : la "généralisation" est une belle supercherie. D'autant que ce n'est pas fini...

En outre, les sceptiques craignent que cet EPI ne soit davantage tourné vers la « culture et la civilisation » que vers la langue proprement dite.

Ce n'est pas du scepticisme : c'est ce que les représentants du ministère ont déclaré aux associations, ce que l'on peut constater ici. Si les "décodeurs" du "Monde" avaient compris le fonctionnement des EPI, ils sauraient que l'horaire des EPI est pris sur le tronc commun, ce qui n'est nullement évoqué ici : une heure de latin, c'est donc une heure de français en moins.

Aucune précision des décodeurs sur le fait que les professeurs d'histoire-géographie ne pourront en aucun cas assurer ce module interdisicplinaire puisque les programmes d'histoire de cycle ne traient pas l'antiquité...

Pas de langue ancienne, pas d'histoire dans l'EPI LCA. Ces informations étaient disponibles depuis le 4 et le 13 avril.

Pour répondre aux critiques des enseignants, la ministre Najat Vallaud-Belkacem a corrigé le tir fin mars, en ajoutant un troisième volet à la dernière minute : la création d'un « enseignement de complément » en langues anciennes doté d'une heure en cinquième et de deux heures en quatrième et troisième.

Cet horaire est un plafond : il est tout à fait possible de faire moins. La précision n'est pas donnée ici : il suffisait pourtant de faire un tour sur "Avenir latin grec" pour avoir les informations avec les liens permettant leur vérification.

Absent de la grille horaire et sans financement spécifique, cet enseignement sera étroitement dépendant du volontarisme des établissements, qui devront prendre les heures sur leur nouvelle marge d'autonomie (2 h 45 en 2016, puis 3 h en 2017).

Et dépendant du niveau général des élèves : les groupes de soutien sont plus nécessaires dans certains établissements que dans d'autres.

Selon toute vraisemblance, malgré ces ajustements du ministère, les collégiens qui sont actuellement les plus motivés par le latin et le grec devraient donc voir leur nombre total d'heures diminuer – en tous cas dans les collèges et lycées qui n'en feront pas une priorité.

Et dans les autres ?

En tout cas les "horaires garantis" ou la "généralisation" semblent très compromis : le décodage ne formule pas ces conclusions...

Mais il demeure exagéré de voir dans ce projet la fin des langues anciennes.

Au contraire, elles seront "renforcées", comme dirait le ministre !

Rappelons que le terme "disparition" était employé au moment de la suppression pure et simple des options (les EPI LCA ne permettant aucun enseignement) : ce terme n'avait donc rien d'exagéré puisque c'était bien l'intention du ministère : cette précision aurait gagnée à être donnée par les "décodeurs"...

Avec les "enseignements de complément" (complément de quoi puisque les EC sont dissociés des EPI LCA ?), la disparition est plus insidieuse, la mort plus lente...


Attention : Spoiler ! [ Cliquer pour agrandir ]

"8h hebdo" après la réforme :
- "dans la limite" de 5h d'enseignement de complément : c'est donc potentiellement moins, tout en restant dans la légalité... Un horaire non garanti pour un enseignement lui-même non garanti: mais ça, ça n'apparaît pas dans l'infographie...
- Les décodeurs comptent 3h d'EPI, soit 1h par an (ou confusion avec les 3h d'EPI par an ?) : c'est donc supposer que les élèves qui suivront l'EPI LCA le suivront pour trois ans, ce que ne précise nullement le décret : cet EPI peut parfaitement se suivre pendant un an. En revanche, le décret précise que les élèves devront suivre six EPI différents, ce qui est impossible si les élèves suivent l'EPI LCA pendant trois ans. Mais surtout l'EPI LCA ne permet de faire ni de l'histoire ni de la langue ancienne. Dans ces conditions, l'inclure dans le calcul est très étrange...

Concluons joyeusement avec les "décodeurs" : le latin et le grec ne vont pas vraiment disparaître !

Evidemment, rien dans ce "décodage" sur les milliers de postes économisés par la suppression/l'amputation des options.

La communication ministérielle fonctionne merveilleusement bien avec "Le Monde". Moins avec "Arte": www.avenirlatingrec.fr/actualite/dans-le...tin-le-grec-desintox
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #203 il y a 2 ans 4 semaines
Ajoutons que, s'agissant des langues anciennes, ce n'est pas la première fois que "Le Monde" fournit un travail journalistique pour le moins approximatif.

A lire par exemple : avenirlatingrec.fr/analyses/126-aux-armes-et-caetera

La question d'un certain parti pris éditorial se pose...