29 avril 2015

Dans les pages "Débats & controverses" de "L'Humanité" (papier) : "Disparition programmée du grec et du latin à l'école : la réforme du collège menace-t-elle l'enseignement des langues ?" avec ces trois tribunes.

- Texte collectif (Cnarela, Apfla-CPL, Aplaes, APLettres, SEL, SLL) : "Sous le masque républicain, une école conservatrice.

- Loys Bonod : "L'abandon d'une ambition"

- Frédérique Rolet (secrétaire générale et porte-parole du Snes-FSU) : "Derrière le trompe-l’œil, une idéologie inquiétante".



Portrait de VIRGINIEPFEIFER
VIRGINIEPFEIFER a répondu au sujet : #185 il y a 2 ans 4 semaines
Merci pour ces lumières dans la nuit, toujours. Trouver l'Huma sur l'île de la Réunion est une quête vouée à l'échec. Si un bon samaritain voulait bien m'envoyer un scan de ces articles, il aurait toute ma gratitude. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Portrait de Titine
Titine a répondu au sujet : #189 il y a 2 ans 4 semaines
La preuve par l'excellence !
Portrait de Minerve
Minerve a répondu au sujet : #190 il y a 2 ans 4 semaines
Excellent papier, merci !
Portrait de Richard Cornwell
Richard Cornwell a répondu au sujet : #192 il y a 2 ans 4 semaines
La réforme du collège est beaucoup plus grave que ce qui se dit. Certes, on parle du latin, de l'Allemand et des programmes d'Histoire, mais l'essentiel n'est pas là (sans aller jusqu'à dire que c'est un détail, il faut avouer que ce ne sont que des conséquences). L'essentiel est financier.

La réforme prévoit que 20% des horaires des disciplines de 5, 4 et 3e vont être amputées. Cela ne veut pas dire que 20% des heures seront supprimées (cela serait trop visible). Cela veut dire que ces 20% sont réaffectés à des heures laissées à la disposition de l'établissement, c'est ce que j'appelle les heures de « flou ». Chaque collège va décider de ce qu'il en fait. Ces heures peuvent être affectées à n'importe quel prof. Et c'est là qu'est l'astuce : une heure d'Histoire doit être faite par un prof d'Histoire. Une heure de « flou » peut être faite par n'importe quel prof. Pour ceux qui ne sont pas dans le milieu, cela peut paraître difficilement compréhensible, mais dans la réalité, cela donne des marges de manœuvre extraordinaires en termes de gestion d'heures et de souplesse. Ce sont des centaines de millions d'euros d'économies.

La conséquence est que les élèves, d'un collège à l'autre, n'auront pas le même enseignement. Dans les collèges de riches, on continuera à faire du latin car, qu'on le veuille ou non, c'est un instrument de pouvoir. On y verra aussi la chrétienté en Histoire parce que même si cela devient facultatif dans le programme d'Histoire, on fera avec les heures de « flou » des vrais cours (donc on fait rien ne changera). Dans les collèges de pauvres (prenons, en caricaturant, un collège de banlieue à forte proportion d'élèves d'origine étrangère), on fera l'islam (pas la chrétienté, effectivement), et on fera de l'amusement avec les heures de flou (sur des projets bidon en terme d'acquis).

Tout bénèf !
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #211 il y a 2 ans 3 semaines
Les trois tribunes sont désormais disponibles en ligne : www.humanite.fr/la-reforme-du-college-me...t-des-langues-572557
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #218 il y a 2 ans 3 semaines
Lionel Jeanjeau, proviseur adjoint et militant socialiste, n'a pas apprécié que "'L'Humanité" publie ces tribunes en défense des langues anciennes.

C'est pour lui "l'alliance politique réacs-cocos " (sic).

Et en guise d'argumentaire :

Lionel Jeanjeau écrit: Écrire que le latin doit être pour tous et avoir fui la banlieue pour un lycée de prestige, c'est cocasse :-D #college2016


Lionel Jeanjeau n'a pour sa part enseigné que deux ans au collège, avant de "fuir" au lycée (toujours dans la même académie) et finalement de devenir personnel de direction, dans un collège puis dans un lycée (toujours dans la même académie), après huit ans d'enseignement.

Rappelons également ce qu'il disait en 2013 à propos des langues anciennes :

Lionel Jeanjeau écrit: Que signifie cette disparition des Capes de lettres classiques et de lettres modernes ? S'agirait-il, comme je l'ai lu toute la journée sur Twitter, par exemple, d'un "début de la fin" pour l'enseignement des langues et civilisations anciennes dans nos collèges et lycées ? Dans ce cas effectivement, la chose serait préoccupante, il serait tout à fait légitime de réclamer des mesures de protection de ces enseignements. Mais en réalité, il n'en n'est rien. Pour s'en convaincre, il n'est que de lire, attentivement, la maquette de ce nouveau Capes de lettres, telle qu'elle figure dans un autre document mis en ligne récemment par le ministère, le projet d'arrêté fixant les modalités d'organisation des concours du Capes.

Et l'on voit alors clairement que l'inquiétude exprimée à propos de l'enseignement des langues anciennes n'est fondée sur rien.


Source : lioneljeanjeau.canalblog.com/archives/2013/04/21/26970452.html
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #219 il y a 2 ans 3 semaines
Et cet article finalement sur son blog : "Réforme du collège : Assez de contre-vérités !"

Réforme du collège : Assez de contre-vérités !

Le débat sur la réforme du collège prévue à la rentrée 2016, très violent sur les réseaux sociaux, a débordé cette semaine dans la plupart des grands médias. Chez les éditorialistes, et dans une certaine presse, l'affaire est entendue : il faut rejeter cette réforme, dont on a parfois le sentiment qu'elle remet en cause rien moins que les fondements de notre civilisation. Ce débat, d'ailleurs, se mélange avec un autre, tout aussi baroque, à propos des futurs programmes scolaires de collège (et son mythe des Lumière qui ne seraient plus enseignées que de façon optionnelle, nous y reviendrons sans doute dans quelques jours).

Mais ne nous dispersons pas, restons pour le moment dans le cadre de la réforme du collège. Il est bien entendu tout à fait légitime d'être opposé à cette réforme, et de défendre des arguments qui peuvent s'entendre, notamment (comme je l'ai d'ailleurs écrit ici) en ce qui concerne l'enseignement de l'allemand (à ne pas confondre avec l'enseignement des langues). Mais précisément, le problème dans ce débat, c'est que l'intelligentsia politico-germanopratine se déchaîne contre cette réforme avec très peu d'arguments concrets et probants. Les approximations, par contre, ainsi que les erreurs, la mauvaise foi, voire le mensonge, sont légion, et tiennent souvent lieu de raisonnement à des gens trop paresseux pour lire les textes dont ils parlent (cette critique exclue donc les représentants syndicaux, qui certes interprètent les textes en fonction de leurs intérêts propres, mais les ont lus). On retrouve cela par exemple dans un édito de Christophe Barbier pour l'Express, dans le dossier de Marianne consacré à cette question, dans une tribune à vocation polémiste dans Challenges, etc.

Mais un exemple valant mieux qu'un long discours, intéressons-nous de plus près au "débat" (si tant est qu'on puisse appeler ainsi une série d'articles allant tous dans le même sens, sans contradicteurs) ouvert dans les pages de l'Humanité, dans lequel on trouve notamment un texte de Loys Bonod, enseignant, bloggeur et polémiste, professeur au très prestigieux lycée Chaptal de Paris. On y lit notamment, à propos de la place du latin dans le futur collège, que "le ministère a ressuscité (...) des moignons d’options de langues anciennes, avec un horaire amputé, garanti seulement dans les établissements les plus favorisés". Le latin ouvertement réservé à une élite, et pour quelques petites heures insignifiantes ? Voilà une attaque sévère pour une réforme qui prétend accroître l'égalité de tous les collégiens. En réalité cette attaque est infondée. Concernant les supposés "meilleurs établissements", monsieur Bonod fait mine d'ignorer que cette réforme concernera tous les collèges sans aucune exception. De quelle référence au projet de réforme se targue-t-il pour avancer cette contre vérité ? Aucun. Au contraire, le projet de décret, et l'arrêté qui l'accompagne, précisent suffisemment les choses pour envisager un maintien du latin dans tous les collèges dans lesquels des élèves souhaitent l'apprendre (ce qui, convenons-en, n'est pas forcément le cas partout, mais sans que ce soit nécessairement la faute de cette réforme) et dans lesquels cela figurera dans le projet d'établissement. Que dit le texte (arrêté consultable en cliquant ici) ? Au moins six des huit EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) devront avoit été étudiés au cycle 4 (de la 5eme à la 3eme) soit deux par an, à raison de 3 heures, soit 1,5 heure, par exemple, par EPI. Les élèves pourront donc d'emblée bénéficier de 1,5 heures de latin dans ce cadre soit en 5eme soit en 4eme soit en 3eme (article 6 de l'arrêté). L'argument de M. Bonod serait donc recevable ? Non, car il existe aussi un article 7 dans l'arrêté accompagnant le décret, qu'il aurait été inspiré de lire jusqu'au bout. Que dit cet article 7 ? Il créé pour chaque classe de collège une dotation complémentaire de 3 heures utilisables pour assurer des dédoublements ou pour "proposer, pour les élèves volontaires, un enseignement de complément aux enseignements pratiques interdisciplinaires prévus à l’article 4, qui porte sur un enseignement de langues et cultures de l’antiquité ou sur un enseignement de langue et culture régionales". Cet horaire est plafonné à 1h en 5eme, 2 heures en 4eme et 3eme. Largement de quoi financer le maintien d'un groupe de latinistes, même si l'horaire pourra se trouver quelque peu réduit par rapport à la situation actuelle (encore qu'on voit mal un Dasen refuser, puisque les heures sont présentes dans la DHG du collège, de choisir de maintenir un horaire de latin plus important). Un établissement où le latin est dynamique et attire les élèves pourra, si on se résume, lui garantir 1 à 2 heures en 5e (offciellement une), 2 à 3 en 4eme et 3eme (officiellement deux au maximum). A l'un des niveaux viendront s'ajouter les 1h30 de l'EPI "langues et civilisations de l'antiquité". Soit possiblement (et encore une fois, les heures existent, les Dasen auront donc mauvaise grace à refuser ces montages prévus au projet d'établissement : c'est la puissance de l'autonomie bien comprise des établissements !) 2,5 heures en 5eme, 3 heures en 4eme et en 3eme (oh, les horaires actuels !). Seule contrainte prévisible : obliger, dans au moins une classe par niveau (celle des latinistes) à arbitrer entre le latin et les dédoublements d'autres disciplines. Soit exactement la situation actuelle de bien des établissements.

Autre approximation (pour le moins) de M. Bonod : l'attractivité du latin serait bridée par des logiques comptables ou gestionnaires. Je cite : "l’accès à ces options (i. e. les langues anciennes) n’a jamais été limité que par les refus d’ouverture de sections, notamment là où on les estime (à tort) superflues". Non monsieur ! Quand un chef d'établissement n'ouvre pas, ou ferme, le latin, c'est parce que le vivier des élèves volontaires est épuisé, ou trop faible pour justifier le maintien dans un context de répartition horaire qui permettrait des dédoublements ailleurs. Effectivement, priver des classes de dédoublements de sciences parce que trois enfants veulent continuer le latin n'est pas tenable, ethiquement parlant. Lorsque les élèves sont là, volontaires, alors le latin existe, et continuera d'exister. Quel chef d'établissement prendrait le risque de braquer inutilement les parents d'élèves, souvent très engagés lorsqu'il s'agit du latin ? Personne n'a intérêt, contrairement à ce que les conservateurs semblent croire, à brider les meilleurs élèves et ceux qui veulent apprendre plus de choses (ce ne sont d'ailleurs pas toujours les mêmes !). Ou alors qu'on m'explique où est cet intérêt !

Enfin, j'ai gardé le meilleur pour la fin. Je cite toujours Loys Bonod : "D’une manière générale, la réforme du collège 2016 obéit à une logique de coupes budgétaires". Il faut se pincer et relire la phrase plusieurs fois pour y croire ! "Logique de coupes budgétaires" ?? Dans le premier budget de la nation ? Dans un budget encore en hausse en 2015 (65,2 mmilliards d'euros, soit une hausse de 2,4% par rapport à 2014) l'Education nationale créé cette année 9421 emplois dont 5732 postes "équivalent temps plein" d'enseignants, soit 1400 de plus que l'an dernier (quand 4341 postes avaient pourtant déjà été créés). Il faut être sérieux, et se poser les bonnes questions si on veut avoir une chance, un jour, d'apporter les bonnes réponses. Ce n'est pas le budget qui manque à l'éducation nationale, c'est l'attractivité de la fonction enseignante (assez nettement dégradée, outre des salaires actuellement trop bas, par le bruit de fond médiatique des Cassandre professionnels, qui donnent de leur métier, notamment auprès des étudiants, une vision catastrophiste et négative tout à fait infondée). Ce ne sont pas les enseignants qui manquent pour assurer la diffusion du latin, du grec ou de l'allemand. Ce sont les élèves. Se demander pourquoi les élèves ne choissisent plus autant qu'avant le latin ou l'allemand, c'est se poser les bonnes questions. J'ai regretté, sur ce blog, la disparition des classes bilangues, au moins dans les établissements défavorisés. Mais l'argument ne tient pas pour le latin, et ne tient pas partout. Ces matières - et ce n'est pas faire injure aux professeurs qui s'en chargent le plus souvent avec passion que de le dire - ont mauvaise presse. Pourquoi ? Sans doute parce que beaucoup de parents croient qu'elles sont encore enseignées comme "à leur époque". C'est hélas parfois le cas, mais heureusement de façon à présent marginale. Il faut le faire savoir aux familles. Il faut valoriser le latin auprès des primaires et des sixièmes. J'atteste que cela marche. Il faut présenter l'allemand comme une occasion d'ouverture culturelle, de découverte, au besoin comme une occasion de voyager. Cela marche aussi, j'en atteste également.

La critique de la réforme du collège souffre de trop d'idéologie, de trop de reflexes conservateurs, de trop d'inquiétudes, de trop d'entre-soi aussi, parfois. Il faut combattre l'entre-soi, le conservatisme et l'idéologie passéiste véhiculée par certains opposants à la réforme. Il faut par contre convaincre et rassurer tous les autres, cette immense majorité des enseignants qu'on n'entend pas, mais qui écoute, et qui lit. Oui la réforme du collège est perfectible, oui elle peut aller plus loin, oui elle pourrait être rédigée de façon moins compliquée. Mais opposons-lui au mois des arguments raisonnés, factuellement exacts ! Et surtout, que les opposants au projet fassent des propositions concrètes, au delà des grandes envolées lyriques de portée très générale. Dans le même dossier (je n'ose écrire "débat") de L'Humanité, Frédérique Rolet, du Snes, prône une éducation fondée " sur la dimension de mise en culture des savoirs propres à former l’être humain du XXIe siècle, quel que soit son destin professionnel". Qui ne signerait pas une telle ambition ?? Il faut simplement se demander comment on fait. Les quelques pistes avancées dans le même aticle sont intéressantes, certes, mais sont tout à fait compatibles, pour la plupart, avec le projet de réforme du collège pour 2016. Radicaliser son discours, contre sa nature profonde, à la traîne de quelques éditorialistes conservateurs, voire réactionnaires, ne peut pas faire un projet digne de ce nom et motivant pour les enseignants !

Portrait de VIRGINIEPFEIFER
VIRGINIEPFEIFER a répondu au sujet : #221 il y a 2 ans 3 semaines
Le monsieur en question se met lui même dans le sac :
- il dit bien que l'EPI latin ne sera pas obligatoirement proposé
- il dit bien que les horaires de langues anciennes baissent : de 2h en cinquième on passe à 1h, puis de 3h en quatrième / troisième on passe à 2h SI ON FAIT LE CHOIX DE PLACER LA FAIBLE ENVELOPPE DE DEDOUBLEMENTS SUR CET ENSEIGNEMENT : ouvrir du latin reviendra à ne pas faire de groupes en maths, en sciences ou en langues !!!

Bref, un pseudo-intellectuel, lui, qui lit, mais fait semblant de ne pas comprendre ce qu'il lit pour faire croire que celui qu'il combat est un idiot ... Ma foi, c'est raté ! Bravo à M.Bonod pour sa tribune, son courage pour les basses attaques a persona, On ne retiendra rien des arguties oiseuses de son adversaire.
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #238 il y a 2 ans 3 semaines
Réponse amusée d'une "Cassandre" à M. Jeanjeau.

On y lit notamment, à propos de la place du latin dans le futur collège, que "le ministère a ressuscité (...) des moignons d’options de langues anciennes, avec un horaire amputé, garanti seulement dans les établissements les plus favorisés". Le latin ouvertement réservé à une élite, et pour quelques petites heures insignifiantes ? Voilà une attaque sévère pour une réforme qui prétend accroître l'égalité de tous les collégiens. En réalité cette attaque est infondée. Concernant les supposés "meilleurs établissements", monsieur Bonod fait mine d'ignorer que cette réforme concernera tous les collèges sans aucune exception.

"Sans aucune exception" ? M. Jeanjeau devrait relire les textes : L'EPI LCA n'est qu'un des 8 EPI possibles sur 6 obligatoires.

Et les enseignements de complément (EC) ne seront pas ouverts partout... il y a - après tout - déjà des EPI LCA !

De quelle référence au projet de réforme se targue-t-il pour avancer cette contre vérité ? Aucun. Au contraire, le projet de décret, et l'arrêté qui l'accompagne, précisent suffisemment les choses pour envisager un maintien du latin dans tous les collèges dans lesquels des élèves souhaitent l'apprendre (ce qui, convenons-en, n'est pas forcément le cas partout, mais sans que ce soit nécessairement la faute de cette réforme) et dans lesquels cela figurera dans le projet d'établissement.

Deux relatives déterminatives (dans la pratique) qui s'opposent quelque peu à "tous les collèges sans aucune exception" (dans la théorie... et encore : ce n'est pas vrai, comme nous l'avons vu).

Que dit le texte (arrêté consultable en cliquant ici) ? Au moins six des huit EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) devront avoit été étudiés au cycle 4 (de la 5eme à la 3eme) soit deux par an, à raison de 3 heures, soit 1,5 heure, par exemple, par EPI.

Eduscol parle d'un EPI LCA d'une heure : avenirlatingrec.fr/la-reforme

Les élèves pourront donc d'emblée bénéficier de 1,5 heures de latin dans ce cadre soit en 5eme soit en 4eme soit en 3eme (article 6 de l'arrêté).

Le verbe "pouvoir" renvoie à une potentialité, et non à une garantie...

Quant à imaginer qu'une heure pendant un an puisse remplacer une option de 2h en 5e, de 3h en 4e et en 3e...

Enfin, M. Jeanjeau - un mois et demi après - n'a toujours pas compris qu'il n'est pas possible d'enseigner le latin (ou le grec ancien) dans un EPI puisque les EPI sont pris sur d'autre disciplines...

L'argument de M. Bonod serait donc recevable ? Non, car il existe aussi un article 7 dans l'arrêté accompagnant le décret, qu'il aurait été inspiré de lire jusqu'au bout.

C'est vrai que je le découvre ici... ^^

Que dit cet article 7 ? Il créé pour chaque classe de collège une dotation complémentaire de 3 heures utilisables pour assurer des dédoublements ou pour "proposer, pour les élèves volontaires, un enseignement de complément aux enseignements pratiques interdisciplinaires prévus à l’article 4, qui porte sur un enseignement de langues et cultures de l’antiquité ou sur un enseignement de langue et culture régionales". Cet horaire est plafonné à 1h en 5eme, 2 heures en 4eme et 3eme.

Donc potentiellement moins. C'est donc une perte de 37% au minimum pour une classe de latinistes sur trois ans.

Largement de quoi financer le maintien d'un groupe de latinistes, même si l'horaire pourra se trouver quelque peu réduit par rapport à la situation actuelle (encore qu'on voit mal un Dasen refuser, puisque les heures sont présentes dans la DHG du collège, de choisir de maintenir un horaire de latin plus important).

Bien sûr : les établissements dépasseront la limite horaire imposée par le décret !

Chaque heure de langue ancienne prenant une heure de dédoublement, on imagine bien dans quels établissements le choix sera fait de poursuivre le latin ou le grec ancien

Un établissement où le latin est dynamique et attire les élèves...

Devinez dans quels établissements, M. Jeanjeau...

...pourra, si on se résume, lui garantir 1 à 2 heures en 5e (offciellement une), 2 à 3 en 4eme et 3eme (officiellement deux au maximum). A l'un des niveaux viendront s'ajouter les 1h30 de l'EPI "langues et civilisations de l'antiquité". Soit possiblement (et encore une fois, les heures existent, les Dasen auront donc mauvaise grace à refuser ces montages prévus au projet d'établissement : c'est la puissance de l'autonomie bien comprise des établissements !) 2,5 heures en 5eme, 3 heures en 4eme et en 3eme (oh, les horaires actuels !).

Et même plus alors qu'il s'agit de plafond ! Quel miracle !

Seule contrainte prévisible : obliger, dans au moins une classe par niveau (celle des latinistes) à arbitrer entre le latin et les dédoublements d'autres disciplines.

Où l'on apprend donc qu'il est question de rétablir des classes de latinistes : un autre miracle !

Soit exactement la situation actuelle de bien des établissements.

Avec la merveille d'une matière coupée en deux (avec potentiellement deux enseignants différents) : un EPI sans programme, sans langue ancienne, sans histoire d'une part, que rien n'oblige à suivre pendant trois ans, et un EC dont ni l'horaire ni l'existence ne sont garantis et qui n'a pour l'instant pas de programme.

Autre approximation (pour le moins) de M. Bonod : l'attractivité du latin serait bridée par des logiques comptables ou gestionnaires. Je cite : "l’accès à ces options (i. e. les langues anciennes) n’a jamais été limité que par les refus d’ouverture de sections, notamment là où on les estime (à tort) superflues". Non monsieur ! Quand un chef d'établissement n'ouvre pas, ou ferme, le latin, c'est parce que le vivier des élèves volontaires est épuisé, ou trop faible...

Mais c'est le seuil retenu qui en décide et celui-ci précisément en a été relevé : les établissements défavorisés, où latinistes et hellénistes sont moins nombreux, en ont été les premières victimes.

...pour justifier le maintien dans un context de répartition horaire qui permettrait des dédoublements ailleurs. Effectivement, priver des classes de dédoublements de sciences parce que trois enfants veulent continuer le latin n'est pas tenable, ethiquement parlant.

Bref : exactement ce qui va se passer avec les EC !

Lorsque les élèves sont là, volontaires, alors le latin existe, et continuera d'exister.

Il n'est plus question de démocratiser le latin à tous les élèves ?

En vérité les langues anciennes n'existeront pas dans l'EPI LCA et l'EC ne sera pas garanti à tous les élèves.

Quel chef d'établissement prendrait le risque de braquer inutilement les parents d'élèves, souvent très engagés lorsqu'il s'agit du latin ?

Et dans les établissements défavorisés, il est vrai que les parents sont aussi engagés que dans les établissements favorisés.

A noter qu'à la direction nationale de la FCPE, on est engagé... pour la suppression des "options ségrégatives"...

Personne n'a intérêt, contrairement à ce que les conservateurs semblent croire, à brider les meilleurs élèves et ceux qui veulent apprendre plus de choses (ce ne sont d'ailleurs pas toujours les mêmes !). Ou alors qu'on m'explique où est cet intérêt !

C'est pour ça que l'horaire est amputé et non garanti, d'ailleurs !

Enfin, j'ai gardé le meilleur pour la fin. Je cite toujours Loys Bonod : "D’une manière générale, la réforme du collège 2016 obéit à une logique de coupes budgétaires". Il faut se pincer et relire la phrase plusieurs fois pour y croire ! "Logique de coupes budgétaires" ?? Dans le premier budget de la nation ? Dans un budget encore en hausse en 2015 (65,2 mmilliards d'euros, soit une hausse de 2,4% par rapport à 2014) l'Education nationale créé cette année 9421 emplois dont 5732 postes "équivalent temps plein" d'enseignants, soit 1400 de plus que l'an dernier (quand 4341 postes avaient pourtant déjà été créés).

Je n'ai pas évoqué les dépenses éducatives de la nation ou les créations de poste en général mais les postes en jeu dans cette réforme précisément, avec la suppression (partielle désormais) des options. Sur ce point M. Jeanjeau ne répond rien.

Il faut être sérieux, et se poser les bonnes questions si on veut avoir une chance, un jour, d'apporter les bonnes réponses. Ce n'est pas le budget qui manque à l'éducation nationale...

Si c'est le cas, pourquoi l'augmenter, comme le précise précédemment M. Jeanjeau ?

...c'est l'attractivité de la fonction enseignante (assez nettement dégradée, outre des salaires actuellement trop bas, par le bruit de fond médiatique des Cassandre professionnels, qui donnent de leur métier, notamment auprès des étudiants, une vision catastrophiste et négative tout à fait infondée).

Si rien n'est catastrophique ou négatif... pourquoi "refonder" l'école et réformer le collège ? M. Jeanjeau, qui aime à fustiger les déclinologues, ne sait décidément plus sur quel pied danser.

Autre paradoxe : comment se fait -il que les salaires soient "trop bas", avec "le premier budget de la nation", "en hausse" ? Il y aurait bien d'autres raisons à évoquer mais M. Jeanjeau préfère commodément désigner les "Cassandre" (visiblement sans savoir que Cassandre, dans la mythologie, avait précisément raison...). Une analyse qui force l'admiration !

Il est vrai qu'en 2013, à l'occasion de la suppression du Capes de lettres classiques, M. Jeanjeau était déjà très clairvoyant : "l'inquiétude exprimée à propos de l'enseignement des langues anciennes n'est fondée sur rien".

Ce ne sont pas les enseignants qui manquent pour assurer la diffusion du latin, du grec ou de l'allemand. Ce sont les élèves. Se demander pourquoi les élèves ne choissisent plus autant qu'avant le latin ou l'allemand, c'est se poser les bonnes questions.

C'est surtout totalement faux... A titre d'exemple, en 2009, 125 013 élèves ont commencé le latin en 5e... contre 153 744 en 2014 (chiffres de l'Inspection générale : où sont les sources de M. Jeanjeau ?).

J'ai regretté, sur ce blog, la disparition des classes bilangues, au moins dans les établissements défavorisés. Mais l'argument ne tient pas pour le latin, et ne tient pas partout. Ces matières - et ce n'est pas faire injure aux professeurs qui s'en chargent le plus souvent avec passion que de le dire - ont mauvaise presse. Pourquoi ? Sans doute parce que beaucoup de parents croient qu'elles sont encore enseignées comme "à leur époque".

J'aimerais bien savoir ce qui donne une compétence pédagogique, et même une autorité pédagogique, à M. Jeanjeau, chef adjoint d'établissement et ancien professeur d'histoire-géographie (n'ayant enseigné d'ailleurs en collège que deux ans), dans l'enseignement des langues anciennes... M. Jeanjeau se prendrait-il pour un IPR de lettres classiques ?

C'est hélas parfois le cas, mais heureusement de façon à présent marginale. Il faut le faire savoir aux familles. Il faut valoriser le latin auprès des primaires et des sixièmes. J'atteste que cela marche. Il faut présenter l'allemand comme une occasion d'ouverture culturelle, de découverte, au besoin comme une occasion de voyager. Cela marche aussi, j'en atteste également.

Ce qui compte, pour M. Jeanjeau, c'est donc d'attirer les élèves, pas de leur prodiguer un véritable enseignement des langues anciennes.

La critique de la réforme du collège souffre de trop d'idéologie, de trop de reflexes conservateurs, de trop d'inquiétudes, de trop d'entre-soi aussi, parfois. Il faut combattre l'entre-soi, le conservatisme et l'idéologie passéiste véhiculée par certains opposants à la réforme.

Le latin, c'est passéiste. La preuve : c'est une langue ancienne !

Il faut par contre convaincre et rassurer tous les autres, cette immense majorité des enseignants qu'on n'entend pas, mais qui écoute, et qui lit.

Et qui lit "L'Humanité" par exemple.

Oui la réforme du collège est perfectible, oui elle peut aller plus loin, oui elle pourrait être rédigée de façon moins compliquée. Mais opposons-lui au mois des arguments raisonnés, factuellement exacts !

Heureusement que M. Jeanjeau a tout compris !

Et surtout, que les opposants au projet fassent des propositions concrètes, au delà des grandes envolées lyriques de portée très générale.

On supprime votre enseignement : que proposez-vous concrètement ?

Dans le même dossier (je n'ose écrire "débat") de L'Humanité, Frédérique Rolet, du Snes, prône une éducation fondée " sur la dimension de mise en culture des savoirs propres à former l’être humain du XXIe siècle, quel que soit son destin professionnel". Qui ne signerait pas une telle ambition ?? Il faut simplement se demander comment on fait. Les quelques pistes avancées dans le même aticle sont intéressantes, certes, mais sont tout à fait compatibles, pour la plupart, avec le projet de réforme du collège pour 2016. Radicaliser son discours, contre sa nature profonde, à la traîne de quelques éditorialistes conservateurs, voire réactionnaires, ne peut pas faire un projet digne de ce nom et motivant pour les enseignants !

M. Jeanjeau, militant PS, n'a pas apprécié le soutien de "L'Humanité" aux défenseurs des langues anciennes : il a du mal à s'en cacher !