20 avril 2015

"Café pédagogique" : "Collège : L'offensive de N. Vallaud-Belkacem"

 

Collège : L'offensive de N. Vallaud-Belkacem 

Alors que la tension monte dans les collèges, la ministre de l'éducation nationale revoit sa stratégie de communication vers les enseignants. N. Vallaud-Belkacem publie très rapidement les textes modifiés lors du Conseil supérieur de l'éducation du 10 avril. Dans une lettre adressée à tous les enseignants elle répond aux arguments des adversaires de la réforme pied à pied, promettant notamment une circulaire sur l'organisation des enseignements. Les défenseurs du latin et du grec restent seuls sans réponse.

Les réseaux sociaux sont-ils un bon thermomètre de la fièvre des établissements ? Si c'est le cas, la ministre a du souci à se faire. Car les échanges entre partisans et adversaires de la réforme ont atteint un niveau de violence inégalé. De plus, la communication ministérielle y est faible.  Les grandes  plumes qui lui sont proches ne sont pas adaptées à ce niveau de polémique. Et on a vu ces derniers jours la ministre réduite à utiliser les comptes personnels de son équipe de communication pour tenter de se faire entendre.

Le nouvel arrêté encadre la globalisation des horaires

Aussi Najat Vallaud-Belkacem a décidé d'utiliser la force de frappe du ministère en envoyant le 17 avril un courriel à tous les enseignants du collège et en rendant public très rapidement les textes arrêtés après le Conseil supérieur de l'éducation du 10 avril. Une semaine seulement après le CSE, la Dgesco a publié le texte définitif du décret et de l'arrêté sur l'organisation du collège. S'appuyant sur ces textes, le courriel tente de couper l'herbe sous les pieds des adversaires de la réforme en répondant directement à leurs arguments.

Le nouvel arrêté issu du CSE du 10 avril, modifie légèrement 3 des 8 enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) comme nous l'avions annoncé : le bien-être s'ajoute au premier EPI corps et santé. La transition écologique rejoint le développement durable. La technologie se glisse entre sciences et société.

La modification la plus importante encadre les possibilités de moduler les enseignements sur le cycle. Lors du CSE, la Dgesco avait déclaré son intention de préciser cela et c'est effectivement fait dans l'article 10 de l'arrêté, celui qui a probablement mis le feu aux poudres fin mars. Le nouvel article reprend l'idée que "l’établissement peut moduler de manière pondérée la répartition du volume horaire hebdomadaire par discipline, dans le respect à la fois du volume horaire global dû à chaque discipline d’enseignement obligatoire pour la durée du cycle, du volume horaire global annuel des enseignements obligatoires dû à chaque élève". Il ajoute que cette modulation doit tenir compte "des obligations réglementaires de service des enseignants". Enfin, "la modulation de la répartition du volume horaire hebdomadaire est fixée pour la durée du cycle. La répartition du volume horaire doit rester identique pour tous les élèves d’un même niveau. Toutes les disciplines d’enseignement obligatoire sont enseignées chaque année du cycle". La Dgesco apporte ainsi des garanties qui répondent aux craintes des enseignants de rester sur une base hebdomadaire fixe. Elle écarte la constitution de classes particulières et la mise à l'écart d'une discipline sur une année du cycle. Deux limitations effectives au principe d'autonomie mis en avant dans la réforme.

Circulaire annoncée sur l'organisation des enseignements

Ce point important n'est pas repris dans la lettre aux enseignants. Mais celle-ci répond aux arguments des adversaires de la réforme en promettant que l'autonomie partielle accordée aux collèges ne sera pas celle des seuls principaux. Après avoir rappelé que l'horaire d''enseignement du collège passe de 110,5 à 115 heures à la rentrée 2016 et 116 heures à la rentrée 2017, la ministre explique que la mise en place des EPI et des enseignements complémentaires " ne se feront pas sans la contribution des conseils d’enseignement, ni sans l’avis du conseil pédagogique". La formulation n'est pas très habile alors que le décret mentionne le vote du conseil d'administration et que le conseil pédagogique est dénoncé  comme un organe de la direction. Mais N. Vallaud-Belkacem ajoute : "Je veillerai par ailleurs à ce que l’organisation des enseignements dans chaque établissement repose sur les personnels et les compétences en place, ainsi que sur les projets en cours. Je publierai à cet effet une circulaire qui viendra préciser les modalités de mise en œuvre de la nouvelle organisation des enseignements".

Réponse aux germanistes

Les paragraphes suivants sont consacrés aux langues vivantes et particulièrement à l'enseignement de l'allemand. Les professeurs d'allemand estiment que la disparition des classes bilangues en 6ème menace leur enseignement. Et ils ont trouvé un relais de poids chez JM Ayrault, ancien premier ministre et ancien professeur d'allemand.

La ministre rappelle que l'horaire de LV2 au collège est augmenté de 54 heures soit 25% de plus. La ministre promet " une nouvelle carte des langues de l’école au collège assurant la diversité linguistique et la continuité des parcours d’apprentissage des langues. Cette diversité devra bénéficier en particulier à l’apprentissage de l’allemand à l’école et au collège."

La finalité sociale de la réforme est insinuée en fin de la lettre. " La nouvelle organisation du collège, la création de secteurs communs à plusieurs collèges pour favoriser la mixité sociale, la nouvelle éducation prioritaire, ainsi que la réforme de l’allocation des moyens pour tenir compte non seulement des effectifs mais aussi des difficultés sociales, concourront à faire du collège, pour chaque élève, le tremplin vers la poursuite de ses études, la construction de son avenir personnel et professionnel".

Restent les "oublis" de cette lettre. La ministre fait l'impasse complète sur l'enseignement du latin et du grec. Certes l'arrêté validé par le ministère dans son article 7 mentionne, contrairement à ce qui a été annoncé dans la presse, les horaires de langues anciennes. Les professeurs de lettres classiques semblent être les plus mobilisés avec ceux d'allemand contre la réforme.

François Jarraud