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16 avril 2015

L'émission "Service public" de Guillaume Erner (France Inter) : "A quoi servent le latin et le grec ?"

 

A quoi servent le latin et le grec ?

Avec Augustin d'Humières, François-Xavier Bellamy et Florence Dupont

http://www.franceinter.fr/emission-service-public-a-quoi-servent-le-latin-et-le-grec

A écouter ici : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1078419

Avec une intervention de Florence Robine, DGESCO (retranscription par "Arrête ton char")

 

Guillaume Erner : … un auditeur un peu particulier au standard puisqu’il s’agit du Ministère de l’éducation Nationale, représenté par Florence Robine. Bonjour Florence Robine.
Florence Robine : Bonjour !
Guillaume Erner : Vous allez bien ?
Florence Robine : Oui, très bien, merci.
Guillaume Erner : Eh bien nous vous écoutons, car vous avez suivi l’émission sur cette réforme du latin et du grec…
Florence Robine : Oui.
Guillaume Erner : Alors, faut-il être paranoïaque, avez-vous l’intention de tuer les langues mortes ?
Florence Robine : Alors là, certainement pas. Moi je voudrais dire que notre intention n’est absolument pas de supprimer le latin et le grec. Plutôt au contraire d’en permettre l’accès au plus grand nombre. Donc je rappelle déjà que dans le programme de français, pour tous les petits élèves du collège, il y aura une première sensibilisation à l’influence, à la culture, et aux origines latines et grecques de la langue française, parce qu’on est persuadé que ça peut aider les enfants effectivement à mieux comprendre et maîtriser le français, et que d’autre part dans les enseignements pratiques interdisciplinaires, il y en aura un qui sera spécifiquement consacré aux langues et cultures de l’antiquité, et je pense que ça peut être une approche extrêmement intéressante, à la fois civilisationnelle, interactive, interdisciplinaire, qui permettent, je pense, d’encourager les élèves à y aller, voilà, et puis d’autre part, des enseignements de complément tout à fait notables, avec des heures tout à fait raisonnables en 5ème, 4ème et 3ème, pour les élèves volontaires qui voudraient encore aller plus loin. Donc, nous, nous n’avons absolument pas l’intention de supprimer le latin et le grec.
Guillaume Erner : Alors, la réponse, ou plus précisément la réaction d’Augustin d’Humières, qui est professeur de latin et de grec, et qui est à côté de moi.
Augustin d’Humières : oui, bonjour Madame. Ce que vous venez de dire me semble relativement inexact, dans la mesure où vous demandez à des professeurs de français d’enseigner le grec et le latin, et vous savez très bien comme moi qu on peut aujourd’hui, et depuis plusieurs années, devenir professeur de lettres sans avoir jamais fait de latin et de grec. Dans ce cas là, pourquoi ne pas demander l’Intendant du collège d’enseigner le latin et le grec, a priori, il serait aussi compétent. S’agissant…
Florence Robine : Oh ce n’est pas très gentil pour vos collègues, et puis nous ne demandons pas aux professeurs de français d’enseigner le latin et le grec. C’est évidemment toujours des professeurs de lettres classiques qui interviendront dans l’enseignement de langues et cultures de l’antiquité.
Augustin d’Humières : Je viens de vous entendre dire qu’en français, on allait faire du grec et du latin ?
Florence Robine : Non non ! Il y aura une sensibilisation comme c’est beaucoup demandé. Je pense que les professeurs de lettres ont été formé aussi pour ça de façon à ce que les élèves soient conscients, en particulier du point de vue de la grammaire, du point de vue de l’étymologie, de l’influence et de l’origine grecque et latine de la langue française. Donc, ce n’est pas du tout un enseignement du latin et du grec. C’est une première sensibilisation, qui je pense, les incitera d’abord à participer, et ce sera fait dans les établissements, à cet enseignement interdisciplinaire des langues et cultures de l’Antiquité, et puis à prendre l’enseignement de complément, uniquement pour les élèves volontaires. Ce sera évidemment enseigné par des spécialistes. C’est évident.
Guillaume Erner : Florence Dupont aimerait réagir.
Florence Dupont : Juste une remarque, c’est que dans le projet de réforme, le terme, le mot « grec » n’est même jamais présent.
Florence Robine : Alors… Langues et cultures de l’antiquité, je pense que tout le monde comprend de quoi il s’agit. Tout cela, évidemment, demandera à être précisé dans des programmes. Nous n’en sommes pas encore au stade des programmes, il s’agit de réforme structurelles, c’est à dire de grandes organisations. Ce que nous assurons, à l’heure actuelle, c’est la place des langues et cultures de l’antiquité. Évidemment, cela comporte le latin et le grec, c’est une évidence.
Guillaume Erner : François-Xavier Bellamy, vous vouliez réagir.
François-Xavier Bellamy : Oui déjà quand on transforme l’apprentissage des langues en sensibilisation à la conscience de l’histoire de l’étymologie…
Florence Robine : Non, non ! non non non !
François-Xavier Bellamy : … ce que d’ailleurs les élèves ne peuvent pas comprendre, comment le latin et le grec ont contribué à la formation des mots, puisqu’ils ne le connaitront pas, et quand on transforme l’apprentissage du latin et du grec en enseignement interdisciplinaire des langues et cultures de l’antiquité, en fait, en réalité, concrètement, au delà des discours lénifiants, en fait, en réalité, on supprime le latin et le grec…Surtout…
Florence Robine : Non, ce n’est pas vrai !
François-Xavier Bellamy : … Surtout…
Florence Robine : Ce n’est pas vrai, je ne peux pas vous laissez dire une chose pareille !
Guillaume Erner : Attendez…
Florence Robine : C’est absolument faux, je viens de vous expliquer qu’il y avait trois étages, si je puis dire, de la fusée. D’abord, dans le cours de français, parce que je pense que c’est important que les élèves…
François-Xavier Bellamy : Mais qu’est ce que ça veut dire, Madame, concrètement, une sensibilisation à l’histoire des langues ?
Florence Robine : Ça ne remplace absolument pas l’enseignement du latin et du grec, ça, on est d’accord.
François-Xavier Bellamy : Merci
Florence Robine : C’est un premier temps. Par ailleurs, je répète qu’il y aura à la fois l’enseignement interdisciplinaire sur les langues et cultures de l’antiquité et en plus un enseignement de complément sur la langue latine, sur la langue grecque pour les élèves volontaires dans les collèges. C’est difficile de faire beaucoup plus. Peut-être, vous pouvez être rassurés qu’il y ait ces trois éléments en même temps. Pour tous les élèves dans le cours de français, je pense que c’est important de faire ce lien, important qu’il y ait ça dans les enseignements interdisciplinaires, et là il s’agit d’une approche linguistique et culturelle, et l’enseignement de la langue dans les enseignements de complément, avec des horaires réservés en plus des horaires habituels pour les élèves volontaires faits par des spécialistes.
Guillaume Erner : Merci Florence Robine d’avoir eu l’envie d’intervenir, c’était important, ensuite on jugera sur pièces, la réforme et ses conséquences sur le latin et le grec.

(question d’auditeurs)
Guillaume Erner : Augustin d’Humières.
Augustin d’Humières : Oui. On peut juste répondre à ce que Florence Robine vient de dire, à ces fameux « trois étages » de la fusée. Premier étage, elle vient de nous expliquer que ce n’était pas un apprentissage du grec et du latin. Le deuxième étage, c’est donc les EPI, qui sont des enseignements transversaux. On n’apprend pas une langue, c’est censé justement réinvestir ce que l’élève apprend ailleurs, et le troisième étage, c’est l’enseignement de complément qui dit bien ce qu’il veut dire, qui divise par trois les heures de grec et de latin. Il y a un personnage je crois dans la littérature tout à fait plaisant, qui s’apprête à partir pour un bal costumé et est un peu gêné parce qu’on vient de l’informer de la mort de son cousin, et il n’a pas envie de rater son bal et il dit « Il est mort ? Mais non, on exagère, on exagère ! ». Là on vient d’avoir le duc de Guermantes au téléphone !
Guillaume Erner : Bien… écoutez on verra comment cette réforme s’appliquera… François-Xavier Bellamy, un mot de conclusion ?
François-Xavier Bellamy : Sachant que comme le disait Augustin d’Humières, effectivement ces EPI seront à la disposition des proviseurs, et donc non pas proposé dans tous les établissements, mais seulement dans ceux où l’on pourra les proposer. Il faut signaler pour conclure que ce qui est en train de disparaitre, objectivement et authentiquement, c’est la possibilité d’une liberté. Tout à l’heure, on disait que le grec et le latin était une langue libertine, je ne le crois pas. C’est une langue de liberté. Le grec aussi et la philosophie en porte toute entière le témoignage, et c’est peut-être de cette liberté que nous privons les générations à venir.
Florence Supont : Le ministre a dit récemment sur BFM qu’il y avait 6 chances sur 8 de faire du latin.IL y en a beaucoup moins. Déjà, là, c’est monstrueux, puisqu’il y a ceux qui auront la chance, et ceux qui ne l’auront pas. »