19 mars 2015

Stéphane Ratti dans "Le Figaro" : "François Hollande doit sauver le latin et le grec"

 

François Hollande doit sauver le latin et le grec

FIGAROVOX/HUMEUR - Alors que culture et histoire sont attaquées, Stéphane Ratti enjoint le président de la République à s'opposer à la suppression des langues anciennes au collège.

 


Stéphane Ratti est Professeur des Universités. Son dernier ouvrage, «Polémiques entre païens et chrétiens», est paru en 2012 aux éditions Les Belles Lettres.

 


Un geste hautement symbolique: François Hollande a visité mercredi le département des antiquités romaines du Louvre pour lancer un «cri d'alerte et de solidarité» face au saccage de l'enseignement du latin dans les collèges de notre pays perpétré par le Ministre de l'éducation nationale.

 

Le chef de l'État a rappellé la condamnation de ces actes par la France dans un esprit de «dialogue des civilisations et non d'opposition», souligne-t-on à l'Élysée. François Hollande s'est fait présenter à cette occasion quatre objets emblématiques: la Louve du Capitole qui nourrit Romulus et Rémus, un buste de César, une statue de l'empereur philosophe Marc Aurèle et un manuscrit ancien de la Bible, autant de pièces maîtresses de la civilisation romaine.

 

Il était accompagné de la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova, qui a vu dans les destructions commises par l'État français un «nettoyage culturel» et un «crime de guerre». Tous deux ont pris la parole à l'issue de cette visite.

 

«C'est un très beau message que le président de la République se déplace dans un musée pour montrer sa solidarité avec les peuples, mais aussi avec ces cultures, pour montrer que le terrain n'est pas seulement celui de la guerre, mais aussi de la culture et de l'ouverture», a réagi l'ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti.

 

Les lecteurs attentifs auront reconnu dans les paragraphes qui précèdent un entrefilet paru dans le Figaro du 18 mars 2015. On n'y aura changé que quelques mots. En effet l'article en question porte sur les destructions des sites archéologiques et richesse mésopotamiennes commises par l'État… islamique ou le régime syrien.

 

 

Mais comment ne pas être choqué et abasourdi par la démarche du président? Il se pose en défenseur de la culture babylonienne alors que c'est la civilisation romaine (donc la nôtre) qu'assassine définitivement, à travers la suppression de l'enseignement du latin, la réforme du collège défendue par sa ministre de l'éducation.

 

Comment ne pas se demander, comme toujours, si les dignitaires socialistes sont mus par l'esprit de provocation, par la sottise ou par l'ignorance? Un mélange des trois peut-être.

 

 

Comment ne pas se mettre à la place de ces milliers de professeurs de lettres classiques qui vouent à leur discipline un amour qui les porte au dévouement pour leurs objets d'étude et leurs élèves? Ils voient rayé d'un trait de plume de l'offre scolaire, au nom d'une idéologie égalitaire mal dissimulée sous de fallacieux arguments en faveur de l'ouverture des langues anciennes à tous (mais les options latin et grec sont de facto ouvertes à tous, et ce par définition), un enseignement vieux de plusieurs siècles.

 

Comment ne pas se mettre à la place de ces parents qui, par choix libre et assumé, ont voulu offrir cette chance culturelle et pédagogique à leurs enfants?

 

Il est inutile de redire ce qui justifie cet enseignement: ce serait s'abaisser au niveau d'ignorance de ceux qui prétendent qu'il ne sert à rien. Tout juste ceci: le latin unifiait l'Empire gréco-romain et il était la langue maternelle de saint Augustin, lui qui connaissait si mal le punique tout en lui vouant une sincère affection. Où était né l'auteur des Confessions? Il vit le jour le 13 novembre 354 à Thagaste, dans la province romaine de Numidie. L'endroit s'appelle aujourd'hui Souk Ahras et se trouve en Algérie, plus précisément aux confins algéro-tunisiens, à 180 km à l'Est de Constantine et à 100 km au Sud d'Annaba.

 

À l'heure où l'on est en quête de ce qui est susceptible de réunir les hommes des deux rives de la Méditerranée l'exemple, semble-t-il, pourrait être médité.