7 avril 2015

"La Marseillaise" : "#Nîmes : Latin et Grec ancien pour former à la citoyenneté"

 

A Nîmes, les Professeurs de langues et civilisations anciennes refusent une réforme qui menace leurs matières.

Professeur de lettres classiques au collège Feuchère à Nîmes, Martine Quinot Muracciole (1) est convaincue depuis très longtemps que l'enseignement dynamique des Langues anciennes permet à beaucoup d’élèves d’accéder à la culture, et favorise, en refusant l’élitisme, le métissage de toutes origines.

Devant la menace qui pèse sur ces enseignements, elle en appelle aux élus du Gard pour qu’ils interviennent auprès de notre ministre de l’Éducation Nationale qui semble, dit-elle, « méconnaître le terrain ». Selon l'enseignante nîmoise, la Ministre ôte en effet aux langues anciennes le statut de matière spécifique, ce qui à terme, explique Martine Quinot signifie, avec l’absence de programmes, puis de manuels, la mort de ces enseignements.

Une mobilisation en ligne

Martine Quinot et l'ensemble des professeurs nîmois ont écrit aux élus pour leur demander à être reçus. Les enseignants veulent en effet leur faire part de leur inquiétude devant cette réforme imposée dans concertation. De nombreuses associations sont signataires d'une pétitions en ligne : APFLA-CPL (Association des Professeurs de Français et Langues Anciennes en Classes Préparatoires Littéraires); APLAES (Association des Professeurs de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur); APLettres (Association des Professeurs de Lettres); CNARELA (Coordination Nationale des Associations Régionales des Enseignants de Langues Anciennes); SEL (Sauvegarde des Enseignements Littéraires); SLL (Sauver Les Lettres).

« Ses récentes déclarations ont aggravé notre inquiétude », explique l'enseignante. « Devant la colère qui monte, la Ministre indique que rien ne changera, pour les langues anciennes, horaires et contenu, tout en précisant par ailleurs que l’horaire sera amputé d’un tiers, deux tiers gardés seulement pour l’étude de la langue seulement. Elle oublie que depuis longtemps, et en suivant les instructions officielles, nous ne dissocions jamais la langue de la civilisation. Elle méconnaît l’importance des langues anciennes pour véhiculer les valeurs de la démocratie et de la République, elle méconnaît que tous ces œuvres d’art et ces textes fondateurs que nous donnons à découvrir et à penser aux élèves sont les garants de la notion de civilisation, fût-elle judéo-chrétienne ».

Les professeurs réclament le maintien de l'enseignement du latin et du grec ancien, langues et Cultures de l’Antiquité pour tous les élèves, dans tous les établissements. « Aujourd’hui, expliquent encore les enseignants, tous les élèves, quels que soient leur lieu de scolarité, leurs difficultés ou leurs parcours, ont la possibilité d’étudier les langues et cultures antiques dans le cadre des options facultatives, qui s’adressent à tous sans discrimination aucune. »

Ainsi, à la rentrée 2014, selon les chiffres officiels, plus de 520 000 élèves étudiaient le latin ou le grec. À la rentrée 2016, dans un État qui s’inquiète du niveau des élèves en langues, qui prône la réussite pour tous et la diffusion des valeurs humanistes chez le citoyen de demain, le latin et le grec ancien ne seront plus des options proposées aux élèves car elles ne seront même plus des disciplines.

Elles deviennent des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI), mises en concurrence avec tous les autres projets de l’établissement, qui aura la charge de faire le « choix » entre ceux-ci, selon les moyens qui lui auront été accordés.

Concrètement, cela signifie la disparition de l’enseignement des Langues et Cultures de l’Antiquité là où elles sont présentes aujourd’hui, car leur maintien ne tiendra qu’au bon vouloir local, après d’inévitables tensions entre ces disciplines et d’autres nouveaux projets.

« Nous refusons que le latin et le grec ancien deviennent un vague complément culturel », affirment les enseignants qui refusent également que le latin et le grec ancien deviennent une niche éducative pour une élite.

Ils demandent instamment que les Langues et Cultures de l’Antiquité, « champ d’études hautement formateur à la citoyenneté, continuent d’être proposées à tous les collégiens sous la forme d’un enseignement annuel assuré par des professeurs spécialistes du latin et du grec ancien, rompus par leur formation à croiser les approches disciplinaires ».

JPM