4 octobre 2015

Dans le "JDD" tribune collective : "Une réforme du collège? Non, une contre-réforme"

Extrait :

Les langues et cultures de l’antiquité ? Laboratoire scolaire de la modernité

La mise en place des nouveaux programmes de "Langues et cultures de l'antiquité" au collège et au lycée s’était accompagnée en 2007 d’un manifeste, de la part des concepteurs, intitulé Contribution des langues et cultures de l’antiquité à une culture humaniste et scientifique. Ce texte exprimait la conception des enseignants et des chercheurs de ces disciplines, et témoignait de leurs pratiques qui, depuis une trentaine d’années, se sont radicalement renouvelées et sont aujourd’hui “absolument modernes”. Aussi une expression comme “démocratiser le latin”, employée par la ministre, n’est-elle pas seulement inepte sur le fond —elle prouve que son auteur ignore que cette langue est en nombre d’élèves la troisième langue étudiée au collège et en ce sens “démocratique” et même “plébiscitée”. Toutes les bourdes qui ont émaillé la campagne officielle d’intoxication sur le contenu de la réforme ont montré que les « langues et cultures de l’antiquité » ont été érigées en totems de l’ancien monde aristocratique que le vent nouveau devait balayer pour instaurer le collège de l’avenir, amnésique, inclusif et cool.

Pourtant s’il y a une matière dans laquelle les enseignants rivalisent d’ingéniosité pour combiner dans leurs pratiques pédagogiques, nouvelles technologies, interdisciplinarité, approches ludiques et participatives, c’est bien cette toute nouvelle discipline que l’on voudrait liquider. A cet égard les projets de nouveaux programmes, parus le 18 septembre, sont affligeants. Ils dessinent pour le français une culture hors-sol, sans passion pour la langue et la littérature, étrangère à toute réalité pédagogique concrète, avec une pincée de poncifs sur la valorisation souhaitable du latin et du grec, et des promesses de “formations” qui se révèlent déjà bricolées et déconnectées des besoins réels. Mais, demain, entre une modernité sourde et une culture ancienne devenue muette, à quelle sorte de dialogue faut-il s’attendre ?

Signataires : 

Pascal Charvet, Inspecteur général des Lettres  honoraire et Arnaud Zucker, professeur des Universités.Pierre Encrenaz, président de Sciences à l’école, membre de l’Institut, Heinz Wismann, philologue et philosophe, EHESS. Michel Zink, professeur au Collège de France,Michael Edwards de l'Académie française, professeur honoraire au Collège de France, Pierre Judet de la Combe, Directeur d’études, EHESS. Jean-Pierre Demailly, mathématicien, membre de l’Institut, Antoine Danchin, biologie moléculaire, cellulaire, et génomique, membre de l’Institut, Florence Dupont, professeur des Universités à Paris-VII, François Regnault, philosophe et dramaturge,  Jean-François Cottier, professeur des Universités et directeur de l’enseignement en prison à Paris VII, Daniel Mesguich, metteur en scène, Yves Meyer, Sciences mécaniques et informatiques, membre de l'Institut, et F. A. of the National Academy of Sciences (USA), Luc Fraisse, professeur des Universités à U. de Strasbourg, membre de l’Institut, Paul Demont,professeur des Universités à Paris Sorbonne, John Bulwer, Président d’Euroclassica, Monique Trédé, Professeur des universités à l’ENS ULM, Patrick Dandrey, professeur des Universités à  Paris Sorbonne. Alexandre Grandazzi, professeur des Universités à Paris Sorbonne.