13 septembre 2015

"Libération" : "Des doutes sur l’indépendance"

 

Extrait :

Voilà comment les choses étaient formulées, au départ, à l’automne 2013, par le ministre de l’Education d’alors, Vincent Peillon : «Les avis et propositions du Conseil supérieur des programmes, élaborés en toute indépendance, viendront nous éclairer pour mener à bien des chantiers qui sont au cœur de la refondation de l’école de la République.» Donc, le CSP (avec en sous-main les fameux experts) rédige sa copie, la soumet ensuite au ministère, qui en fait ce qu’il veut. Mais les règles du jeu semblent avoir changé en cours de route, quand, en mars dernier, la ministre Najat Vallaud-Belkacem présente sa réforme du collège et annonce l’arrivée sous peu de nouveaux programmes.

Le CSP s’est alors retrouvé dans l’agenda politique. «Ce n’était pas du tout ce qui était convenu au départ, il ne devait pas y avoir une telle publicité, et politisation. Cela ne nous a pas aidés», regrette ouvertement Agnès Buzyn, une des personnalités issues de la société civile. Les membres du CSP ont notamment pris dans la figure les critiques d’historiens furibards contre les programmes du cycle 4 (les cinquième-quatrième-troisième, pour ceux qui suivent).

«C’était prévisible, sourit un membre du secrétariat général. Pourquoi ? Parce que l’histoire, c’est le seul sujet qui intéresse la société civile et les journalistes.» Et Najat Vallaud-Belkacem de se calfeutrer, un matin de mai sur France Inter, derrière un «le CSP est une instance indépendante […], son président a reconnu quelques maladresses». «Une instance indépendante, seulement quand ça l’arrange, oui», tacle un membre.

Peu de temps après, la ministre convoque le CSP rue de Grenelle. «Nous avons mis à plat les difficultés : le manque de temps, le rapport avec les experts, cette question de l’indépendance…» raconte Annie Genevard. Najat Vallaud-Belkacem écrit alors une nouvelle lettre de saisine au CSP, lui demandant, entre autres, de «reconsidérer, en histoire, la nature et l’enjeu des thèmes proposés au choix, afin que le programme n’élude aucune question jugée essentielle ou fondamentale». Et de faire des propositions concernant l’enseignement complémentaire en langues anciennes. Le CSP a deux mois pour rédiger une nouvelle copie. La députée de droite juge la tournure de la lettre trop directive, et démissionne mi-août. «J’ai le désagréable sentiment d’une tutelle occulte et d’une indépendance de façade», écrit-elle dans sa lettre.