6 mai 2015

"Libération" : "Réforme du collège : le bancal «désintox» gouvernemental"

 

Extrait :

Quid du latin et du grec ?

C’est le sujet qui a, le premier, mis la réforme du collège au cœur du débat public. Très vite, les enseignants de lettres classiques ont dénoncé la mort à venir de ces deux langues antiques. Cela n’a d’ailleurs pas été sans effet : le ministère a lâché du lest et aujourd’hui, il est indéniablement faux d’affirmer que la réforme du collège va supprimer l’enseignement du latin et du grec.

Au centre de ce débat se trouve l’une des innovations majeures de la réforme prévue pour la rentrée 2016 : les enseignements pratiques interdisciplinaires, résumables au doux acronyme d'«EPI». Ces nouveaux modules, qui concerneront les élèves de la cinquième à la troisième à raison de trois heures par semaine, ont pour ambition affichée de combattre l’ennui des élèves en mêlant plusieurs disciplines différentes. Huit thèmes transversaux ont ainsi été définis : par exemple «sciences et société», qui réunira mathématiques, physique et histoire, ou encore «développement durable». En trois années scolaires, les élèves devront obligatoirement suivre six de ces huit thèmes (à raison de deux par an), dont l’un s’intitule «langues et culture de l’antiquité».

C’est là qu’arrive l’intox. Car, en dépit de l’intitulé de cet EPI, rien n’indique que l’enseignement du latin et du grec y sera assuré. En effet, les enseignants seront libres de décider le contenu pédagogique de leurs EPI, à condition de le piocher dans la base programmatique définie par le ministère. Or celle-ci, qui doit encore être définitivement validée en juin, n’évoque pas l’enseignement de ces deux langues. Dans les faits, les professeurs latinistes ou hellénistes pourront toujours enseigner des notions de latin et de grec dans cet EPI s’ils le souhaitent, mais cela n’aura rien d’automatique ni d’obligatoire.

La phrase «les langues anciennes sont désormais l’un des choix offerts dans les enseignements pratiques interdisciplinaires, obligatoires pour tous les élèves», que l’on peut lire dans le désintox ministériel est donc mensongère. Et l’affirmation du vrai-faux du gouvernement, selon laquelle les élèves «apprendront le latin et le grec dans le cadre du nouvel enseignement pratique interdisciplinaire "langues et cultures de l’Antiquité"», l’est encore davantage.

En revanche, le ministère a décidé de maintenir un «enseignement complémentaire» du latin et du grec, en sus des horaires normaux de cours ; en clair, une option, comme aujourd’hui. Mais avec un volume horaire réduit d’une heure à chaque niveau (une heure en cinquième, deux heures en quatrième et en troisième), contrairement à ce qu’affirme le vrai-faux gouvernemental.



Portrait de Minerve
Minerve a répondu au sujet : #281 il y a 2 ans 5 mois
Les journalistes sont de plus en plus nombreux à s'approprier les incohérences techniques du dossier, ce qui, il est vrai, demande de bien connaître le système éducatif - pas facile quand on n'est pas à l'EN de s'y retrouver dans les DHG et leur utilisation!
Il reste à préciser que l'existence et le contenu de l'EPI dépendent de la bonne volonté du reste de l'équipe pédagogique, puisque la seule obligation est d'en proposer six; que l'EPI n'assure pas une progression sur trois ans, puisqu'il n'est pas certain (les discours sont changeants) que les élèves pourront suivre un EPI LCA (différent de préférence, afin de ne pas réaliser la même production trois ans de suite) de la 5e à la 3e; que le mode de recrutement n'est pas clair: qui décide quel élève suit quel EPI? sur quels critères? et enfin, que l'enseignement complémentaire dépend du bon vouloir du chef d'établissement et de la "générosité" des autres disciplines, qui renonceraient pour le créer à une partie de moyens horaires déjà réduits, ou à l'accompagnement personnalisé.
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #282 il y a 2 ans 5 mois
Bon résumé. ;-)