12 septembre 2017

Corinne Heckmann (OCDE) a présenté l'édition 2017 de Regards sur l'éducation en critiquant certaines réformes en France.

Quelques extraits de cette présentation.

Dans "Les Échos" du 12 septembre 2017 :

Les critiques de l'OCDE sont vives aussi sur la réforme du collège. Là où le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, plaide pour que classes bilangues, sections européennes et enseignements de lettres classiques soient « des éléments de différenciation » destinés à « venir en soutien des établissements les plus fragiles », l'OCDE affirme au contraire que les décisions du ministre « vont juste renforcer l'élite des élèves français, ceux qui sont déjà performants ». « On n'a rien contre le latin et les classes bilangues, mais il faut plutôt travailler sur l'accompagnement pédagogique des jeunes et le travail en demi-groupes », estime encore Corinne Heckmann.

Dans "Le Café pédagogique" du 13 septembre 2017 :

Ce n'est pas mieux au collège où l'OCDE critique le rétablissement des classes bilangues et de classes de latin grec. "Ces classes renforcent l'élite des élèves français", dit C Heckmann qui souligne que ça continue au lycée avec 37% de dépenses en plus de la moyenne OCDE du fait des options. "Ce n'est pas une priorité de rétablir les clases bilangues et de latin. Il faut travailler sur l'accompagnement des jeunes et aider les élèves en difficulté".

L'OCDE et les langues anciennes : notre analyse

On se souvient que l'OCDE avait apporté un franc soutien à la réforme du collège, notamment à propos de la suppression des langues anciennes* : les buts poursuivis par cette organisation internationale ("promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde") sont pourtant quelque peu différents de l'idéal d'émancipation de notre École républicaine.

L'OCDE semble d'abord bien mal informée puisque l'enseignement des langues anciennes n'a guère connu de "rétablissement", comme nous l'avons montré ici.

S'agissant ensuite de l'enseignement des langues anciennes spécifiquement, on ne peut que s'étonner des certitudes martelées par l'OCDE à leur propos puisque son rapport annuel de 476 pages ne fait absolument aucune mention des humanités, du latin ou du grec ancien (comme les rapports précédents d'ailleurs). L'étude publiée en 2015 par la DEPP en France montre au contraire que le latin bénéficie à toutes les classes sociales et on peut en conclure à ce titre que son enseignement devrait encore plus être encouragé en éducation prioritaire. Le parti-pris de l'OCDE est donc purement idéologique.

Enfin, au lycée, l'accusation du coût des "options" (confondant options facultatives comme les langues anciennes et options obligatoires comme les langues vivantes…) est évidemment fausse puisque la petite centaine de milliers d'hellénistes et de latinistes au lycée, comme nous l'avons montré, ne représente que 0,5% du "surcoût" (sic) du lycée tel qu'il a été calculé par la Cour des comptes en 2015.

L'OCDE partage, en effet, avec la Cour des comptes l'objectif d'une rationalisation brutale des coûts éducatifs en réduisant l'offre des options facultatives. C'est tout le paradoxe : pour cette organisation internationale très libérale, la transmission d'un savoir libéral, à travers les humanités classiques, semble parfaitement dispensable.


* Sur Avenir latin grec :

10 juillet 2015 : "L'OCDE salue "la volonté de réduire les disciplines profitant à une minorité"

20 novembre 2015 : "OCDE : langues anciennes, "la mauvaise information" explique les résistances"