24 janvier 2018

La commission Mathiot vient de rendre publiques son rapport et ses propositions pour réformer le lycée : "Un nouveau baccalauréat pour construire le lycée des possibles".

Quelle place pour les humanités classiques ?

Contrairement à ce que laissaient craindre certaines rumeurs récentes, les options de langues anciennes ne disparaissent pas dans les propositions du rapport Mathiot. Mais les mentions qui en sont faites[1] méritent d'être étudiées.

Bien des ambiguïtés

Dans ce rapport, le latin ou le grec ancien ne font pas l'objet de référence spécifique : ne sont mentionnées que les LCA ou "langues et civilisation de l'Antiquité" (sic).

En seconde, tout d'abord, s'agit-il d'un "enseignement optionnel" facultatif ? Le texte du rapport n'est pas clair sur ce point. Dans le cas où il serait choisi (ou devrait être choisi), il faudrait effectuer ce choix entre LCA et section européenne ou EPS par exemple, ce qui constituerait une nouveauté.

Autre question : cet enseignement pourrait-il être abandonné à l'issue du premier semestre ? Commencé à l'issue du second ? Le cas échéant (p. 31 "il serait sans doute très utile pour des élèves de pouvoir changer de cursus en cours d'année et, à cet égard, la fin du premier semestre semble constituer un moment adéquat"), comment cet enseignement pourrait-il bien être organisé concrètement (hétérogénéité, gestion des cohortes) ? Et que validerait, dans la perspective du baccalauréat, un élève selon qu'il aurait suivi cet enseignement pendant un ou six semestres ?

En cycle terminal, jusqu'à 15h en terminale pour la majeure "littérature/langues et civilisation de l'Antiquité" sans qu'on sache comment se répartirait les heures de deux disciplines. En TL actuelle : 2h de littérature, 1,5h de littérature étrangère, 3h de LCA parmi les options obligatoires et 3h de LCA parmi les options facultatives.

Malheureusement de nombreuses questions importantes se posent sur ce cycle terminal :

1) Comme en seconde, celle du commencement de cette majeure en début de terminale ou de l'abandon en fin de première. Quid de la nécessaire continuité de cet enseignement pendant le cursus au lycée, ainsi que de la planification des services des enseignants (voire des postes et des affectations) ? À vrai dire, tout est à craindre puisque le rapport évoque des rattrapages, des programmes "adaptés au fait qu'une discipline sera étudiée de façon différenciée par les élèves, pendant un à quatre semestres selon leurs choix", ce qui n'est pas sans rappeler les programmes de LCA pour la réforme du collège 2016 et les horaires, voire les cursus flottants d'une collège à l'autre. De tels flottements semblent aller à l'encontre de la volonté revendiquée de "proposer un véritable approfondissement disciplinaire" (p. 39).

La "cohérence pédagogique" n'est curieusement évoquée que pour les "mineures optionnelles" (p.39). Mais l'enseignement des langues anciennes se fait également en majeure ou en mineure obligatoire…

2) Faut-il comprendre que cet enseignement (au pluriel : "langues et civilisation de l'Antiquité") engloberait les deux langues anciennes ou ne correspondrait qu'à une seule (du fait de la possibilité d'une "mineure obligatoire" ou d'une éventuelle "mineure optionnelle") ?

3) Quelle faisabilité concrète si tous les lycées proposent cet enseignement dans une majeure au même titre que les seize autres majeures proposées nationalement ? Et inversement comment justifier que certains lycées proposeraient cette majeure et d'autres pas ? Les élèves devraient-ils choisir leur lycée en fonction de cette majeure à choisir en première ? Changer de lycée, éventuellement chaque année ?

Question subsidiaire : seraient-ce les mêmes établissement qui proposeraient les mineures (obligatoire et optionnelle) "langues et civilisation de l'Antiquité" correspondant à cette majeure ?

4) Pourquoi les "langues et civilisation de l'Antiquité" ne sont-elles proposées que dans une seule majeure ?

5) La plupart des latinistes et hellénistes actuels appartiennent à la série scientifique. Valorise-t-on le choix des langues anciennes en tant que mineure quand les mineures scientifiques constitueraient des "compléments logiques" des majeures scientifiques ? La crainte est également que les lycées présentant des profils scientifiques ne présentent la possibilité d'un tel enseignement ni en mineure obligatoire ni en mineure optionnelle.

Une telle conséquence irait à l'encontre même de l'esprit même du lycée général et de l'esprit revendiqué par le rapport Mathiot : offrir la liberté de choisir aux élèves. Les conséquences en seraient dramatiques pour l'enseignement des langues anciennes au lycée.

S'ajoute le fait :

- que les langues anciennes, quand elles correspondent à une option facultative, ne seraient plus évaluées à l'examen du baccalauréat mais au cours du cycle.

- que les notes sous la moyenne seraient désormais prises en compte, ce qui est logique dans le cadre de majeures ou de mineures, mais qui l'est beaucoup moins dans le cadre d'enseignements facultatifs.

On le voit : difficile de se faire un avis devant tant d'incertitudes. Mais les motifs d'inquiétudes sont bien légitimes.

@loysbonod


[1] Extraits du rapport :

Sur le bonus apporté par l'étude d'une option facultative (p. 11) :

Le mécanisme actuel de prise en compte des notes supérieures à 10 pour certaines disciplines est abandonné.

p. 20 :

7- Les disciplines du baccalauréat actuel qui relèvent de la catégorie dite des disciplines facultatives ou optionnelles seront préservées dans la future organisation. Elles ne seront plus évaluées dans le cadre d'une épreuve terminale mais le seront soit dans le cadre d'épreuves ponctuelles (si ce système est retenu), soit via les résultats obtenus en classe et pris en compte dans les bulletins. Il conviendra en tout état de cause de distinguer les disciplines concernées dont la nature se prête plus ou moins bien à un exercice ponctuel ou à une évaluation en cours de cursus. Dans un souci d'harmonisation et de lisibilité, nous recommandons que les résultats obtenus dans ces disciplines soient comptabilisés dans leur intégralité et pas seulement pour la partie supérieure à 10/20.

Seconde

En classe de seconde, un parcours de trois "unités" (p. 32) dont la seconde est la suivante pour le premier semestre :

Unité 2
Un enseignement optionnel à choisir parmi LCA, langue vivante, enseignements
artistiques et culturels, EPS, section européenne, arts du cirque, création et culture
du design
Pour un volume horaire comparable à la situation actuelle

Pour le second semestre :

Unité 2
- Deux enseignements "majeurs" à choisir parmi: SES, physique-chimie, SVT,
sciences de l'ingénieur et technologie, littérature
- Un enseignement "mineur" à choisir parmi: les enseignements "majeurs" non
choisis, PFEG, sciences de laboratoire, MPS, CIT, ISN, arts appliqués.... (voir selon
l'offre des établissements actuellement en place)
- Un enseignement "mineur" optionnel parmi LCA, langue vivante, enseignements
artistiques et culturels, EPS, section européenne, arts du cirque, création et culture
du design
Pour un volume horaire global hebdomadaire (hors enseignement optionnel) situé
autour de 7 heures)

 Cycle terminal

Dans les cinq "majeures lettres-humanités-sociétés" (dix-sept majeures sont proposées nationalement) de "l'unité 2 d'approfondissement et de complément" (p. 36) :

[…] mathématiques/SES, SES/histoire-géographie, littérature/enseignements artistiques et culturels, littérature/langues et civilisation de l'Antiquité, littérature étrangère/LVA ou LV2.

 Pour cette unité :

Il est proposé que le volume horaire global dédié à cette Unité s'accroisse
progressivement entre la classe de seconde et la classe de terminale pour
proposer environ 15 heures/semaine en terminale, non comptées les heures de
la Mineure optionnelle.

À savoir :

Les élèves ne pourraient pas changer de Majeure en cours d'année de première mais pourraient le demander entre la première et la terminale. Cela doit être organisé dans les établissements car il est normal de prévoir ce que l'on appelle un droit à l'erreur ou à l'hésitation.

Un élève peut constater en première que la Majeure dont il suit les cours ne lui convient pas, notamment parce qu'elle ne correspond pas ou plus à son projet d'orientation. Il doit donc pouvoir en changer à l'entrée en terminale mais de telle façon qu'il ne soit pas pénalisé dans la poursuite de ses études.


Les deux conditions minimales à réunir ici pourraient être :
- d'une part que le changement concerne une Majeure dont une des deux disciplines était déjà étudiée dans la Majeure suivie en première ;
- d'autre part que le lycée organise soit en fin de première, soit avant la rentrée de terminale des périodes dites de rattrapages, en l'occurrence dans la nouvelle discipline. Une autre option ici pourrait être que la nouvelle discipline choisie en Majeure de terminale ait été suivie au moins durant un semestre de première en Mineure.